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C’est l’Angleterre la première qui a songé à
venir en aide aux pêcheurs de haute mer en 1880 par la
création de la « Mission to the deep sea fishermen ».
En France en 1883 le Docteur Bonnafy,
médecin en chef de la marine obtenait la réforme des coffres
à médicaments délivrés aux navires. En 1893 il trouve un
ancien lieutenant de vaisseau, Bernard Bailly qui
avec ses deux frères, le père Vincent de Paul Bailly
et le père Emmanuel Bailly prépara l’opinion et les
premières réunions de la société des « Œuvres de mer ».

Le premier acte de cette société est d’ouvrir
une maison du marin à Saint Pierre dès 1895 et d’envoyer
deux missionnaires, l’abbé Belin de Saint Servan et
le Révérend Père Yves . Cette maison permet aux
marins en escale à Saint Pierre, aux naufragés, malades ou
blessés et aux graveliers de pouvoir venir se détendre dans
un endroit familial autre que les bars et cabarets nombreux
dans cette île. A cette époque l’alcool faisait beaucoup de
ravages dans les rangs des marins.
En Juin 1895 grâce au courant de sympathie et
souscription de la France entière, le comité décida la
construction d’un premier navire hôpital, ce navire étant à
voiles, le coût d’un navire à vapeur étant trop onéreux.
Le « Saint Pierre » est lancé le 16 Mars
1896, l’équipage est formé de vingt hommes comprenant entre
autre un médecin, un infirmier et un aumônier. L’infirmerie
de ce navire a six lits en fer et une salle assez grande qui
peut au besoin recevoir des lits au cas ou les malades
seraient nombreux à bord.
Le 20 Avril 1896 le « Saint Pierre »
appareille de Saint Malo pour arriver sur les bancs de
Terre Neuve le 10 Mai. Il visite 29 navires, recueille des
naufragés et rentre a Saint Pierre le 19 Mai. Il repart de
Saint Pierre le 26 Mai mais n’arrivera jamais sur le banc de
Terre Neuve. Surpris par un brouillard épais en n’ayant pas
de moyens de détection, il heurte un iceberg et coule
lentement. L’équipage est recueilli sain et sauf par une
goélette américaine qui les ramène a Platentia.
La société des « Œuvres de mer » décide
immédiatement la construction de 2 navires hôpitaux. Ce sont
encore 2 voiliers à peine plus grand que le « Saint
Pierre » qui seront construits..
- Le
« Saint Paul» pour porter secours aux pêcheurs en
Islande. Lancé le 30 Janvier 1897 il appareilla le 9 Avril,
arriva en Islande le 25 Avril, il s’échoue le 2 Mai devant
Reykjavik. Il rentrera à Saint Malo par ses propres moyens
et pourra être réparé. Au cours de l’année 1899 il
s’échouera une nouvelle fois sur la cote d’Islande, et cette
fois sera définitivement perdu.
- Le
« Saint Pierre II » pour les bancs de terre Neuve lancé
le 18 Mars 1897.

Même si
les campagnes du « Saint Pierre II » ont été
heureuses et efficaces, la société commande au mois de Juin
1900 un nouveau navire. Ce sera un trois-mâts goélette mixte
de 47 mètres de long muni d’une machine de 300 CV, un
généreux donateur ancien officier de marine remet au comité
une somme de 75000F en exprimant le désir que le nouveau
navire reçut le nom de « Saint François d’Assise».
Grâce à ce don le navire sera lancé le 4 Décembre
1900.


Armand
Mahéas capitaine du « Saint François d’assise ».

Pour la
seule année 1900, les chiffres des morts sur les bans sont
les suivants :
Disparitions en mer
115
Morts
accidentels
83
Morts
par maladie
66
Au cours
d’une campagne moyenne, le médecin donne environ 400
consultations et hospitalise une soixantaine de malades ;
les maladies soignées à bord se répartissent à peu près
comme suit :
Respiratoires 60
Digestives 60
Traumatiques 40
Abcès,
panaris 80
Dentaires 80
Divers une
centaine
L’année
1903 sera rude, faute de moyens, un seul navire hôpital
le « Saint Pierre II» sera envoyé à Terre Neuve et le
« Saint François d’Assise» restera à quai. A partir de
1904 un seul navire hôpital sera armé, mais ce sera cette
fois le « Saint François d’Assise». Le « Saint
Pierre II» sera désarmé puis vendu en 1905.
En 1914
enfin un nouveau don permettra de remplacer le « Saint
François d’Assise» par un bâtiment à vapeur, la
« Sainte Jehanne » de doter le navire de canots à moteur
et….du chauffage central. La campagne de 1914 s’annonçait
comme favorable elle fut active comme toujours mais écourtée
et après une dernière tournée sur les bancs pour informer
les pêcheur de la guerre et prendre des malades elle rentra
sur Brest. Pendant la guerre elle sera réquisitionnée par la
marine nationale, le matériel hospitalier sera débarqué et
remplacé par un armement. La « Sainte Jehanne » sera
créditée d’une victoire en abordant et coulant un
sous-marin. A l’armistice le rôle militaire prend fin et
elle reprend la route de terre Neuve le 18 Mai 1919 et
retrouve les pêcheurs sur les bancs. Tout a changé les 90
navires comptent 60 voiliers pratiquant la pêche au fond
mais aussi 30 chalutiers à vapeur traînant sur le fond le
chalut.
En 1925
elle sera rebaptisée « Sainte Jeanne d’Arc » et
transformée en 1925, le kiosque de timonerie du pont
remplacé par un roof de 18 mètres de long et les soutes à
charbon agrandies pour lui donner un rayon d’action plus
grand. On a pu aussi installé un poste TSF qui se révèle
vite un instrument indispensable. Il était temps de
moderniser le navire hôpital car les méthodes de pêche
subissent une mutation profonde, les voiliers sont remplacés
petit à petit par des chalutiers. Et tant qu’il reste des
voiliers la « Sainte Jeanne d’Arc » reste
irremplaçable pour les assister.
En 1934 la
« Sainte Jeanne d’Arc » pour la première fois
depuis 1896 sauf interruption due à la guerre, le navire
hôpital n’est pas armé pour la campagne de grande pêche.
C’est la conséquence inéluctable de la rapide évolution de
cette grande pêche entraînant une énorme diminution de
l’effectif des marins de 12000 en 1900 à 3320 en 1933 dont
la moitié embarqués sur les chalutiers dont le tonnage
devient plus grand et que le navire d’assistance peut
difficilement trouver ou suivre.
Mais il
reste quand même des voiliers et un homme va se faire leur
avocat le « R.P Yvon » aumônier de la « Sainte
Jeanne d’Arc » qui embarque sur l’Aviso « Ville
d’Ys » de la station navale de Terre Neuve et recueille
les suggestions des premiers intéressés capitaines et marins
et fait accepter par la société l’achat d’un voilier à
moteur compatible avec la mission.

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Remerciements
Michel Fortin
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Remerciements Jean François Le Roux
Officier des pêches en 1972
Fonds Barrault /
Lien web |
Ce sera un
dundée le « Willy Fursy » construit en 1929 à Fécamp
réaménagé dans son chantier d’origine , puis à Saint malo.
Appelé le « Saint Yves » il appareillait le 9 Mai
1935. Malgré ses dimensions restreintes et sa lenteur il
rendra des services incontestables et fera 5 campagnes sur
les bancs de Terre Neuve et au Groenland. Le « R.P
Yvon » fera preuve d’une activité inlassable
ajoutant à son rôle habituel d’aumônier, de vaguemestre,
celui de créateur d’une émission radio « Radio Morue »
sur laquelle il diffuse la messe dominicale. Mais le
nombre des voiliers en pêche diminue en 1939 il ne seront
plus qu’une dizaine. Enfin la marine nationale maintient en
permanence la « Ville d’Ys » à la station navale de
Terre Neuve ou elle est souvent rejointe par le stationnaire
de l’atlantique Nord le « d’Entrecasteaux » aviso
colonial tout neuf.


Remerciements JP Lecouvey

Remerciements JP Lecouvey
Le
« Saint Yves » était au Groenland en 1939 : après avoir
prévenu de la déclaration de la guerre tous les voiliers en
pêche encore démunis de TSF, il fit route vers Saint Malo ou
il fut désarmé en Octobre 1939. Il survivra à la guerre mais
ne sera jamais réarmé.
A la
libération, il n’était pas question de reprendre
l’assistance aux pêcheurs terre-neuvas sous la forme
d’avant guerre, les voiliers ayant tous disparus, cédant la
place aux grands chalutiers disséminés sur une immense
étendue d’océan et beaucoup mieux équipés pour la vie
courante des pêcheurs. D’autre part , la marine a affecté à
la station navale de Terre Neuve la frégate
« L’Aventure » , à bord de laquelle malades et blessés
trouvent les soins nécessaires et les possibilités de
transport à terre pour hospitalisation. Reste l’appui
morale. La « Société » prendra à sa charge en 1948,
la mission de l’aumônier des bancs le « R.P Yvon »
qui embarquera en avril et passera selon les besoins sur
les chalutiers.
Pour en savoir plus sur les sept navires hôpitaux de la
société des Œuvres de Mer de 1896 à 1939 voir le
Document
PDF
Remerciements Jacques GIL
|
Insigne frégate L’Aventure
FNFL – Email – A. Augis
Remerciements
A. Hollet |
 |
 |
Tape de bouche
L'Aventure
Remerciements
Jean Lucien
Tessier
ASPA Arzon |
« L’Aventure »
sera
remplacé pour les missions d’assistance par l’Aviso
Escorteur « Commandant Bourdais » mis en cale à
Lorient le 3 Mars 1959 et mis en service actif le 10 Mars
1963.

Il
effectuera les missions d’assistance et de représentation
jusqu’au 15 Décembre 1972. Pour sa dernière mission il est
accompagné du BSL « Loire » qui lui succédera ainsi
que d’autres bâtiments de la marine nationale (remorqueurs
de hautes mer).

Pour sa
dernière mission en 1972, voici les statistiques du
« Commandant Bourdais »
210
jours de campagne 130 en mer 80 à quai
216
mouvements avec les chalutiers
164
consultations médicales
45
consultations dentaires
14
hospitalisations à bord
18
hospitalisations à terre
24 805
lettres distribuées
401
colis distribués
30
tonnes de vivres et de matériel distribués
16
263 lettres expédiées
42 000
nautiques parcourus soit 75 000 Km
Bâtiments
de la Marine Nationale ayant succédés au « Commandant
Bourdais ».
|

Bâtiment de soutien Mobile « Loire » |

Bâtiment de soutien Mobile « Rhône » |
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Remorqueur de Haute mer « Malabar » |

Remorqueur de Haute mer « Tenace » |
|

Remorqueur de Haute mer « Centaure » |

Aviso « Détroyat »
|
Source : livre « L’œuf de mer » de l’Amiral Darrieus.
Editions « Ancre de Marine »
Photos : Netmarine, Bout Menteux et Photax
(Commandant Bourdais)
Récit
d’une mission d’Assistance sur le «Malabar»
Incertitude diagnostique
Le
bonhomme se comportait normalement. Bien sûr, il était
maigre, et son gros ventre laissait supposer une ascite;
Mais sur les bancs de Terre Neuve, la couperose n’est que le
signe d’une vie rude, sous la morsure perpétuelle du
poudrin. Seul un léger tremblement des mains révélait au
docteur Loïc Marrec, observateur attentif, le vrai motif de
la présence, à bord du « navire d’assistance à la
grande pêche », du marin fécampois: Il souffrait du
«toto». Une entité nosologique plus connue
dans les livres sous le nom de «delirium
tremens».
C’était hier. Les sondeurs indiquaient la présence d’épais
bancs de morues dans le golfe du Saint Laurent, et la
flottille des gros navires usines virait trait sur trait, le
cul des chaluts prêt à éclater. Après les «Growler»,
ces blocs de glace que les français appellent des
«nénuphars», le remorqueur de haute mer avait rencontré le
pack, solide, épais. C’est confortable, de naviguer dans la
glace. Le bateau était enfin stable; mais dans l’infirmerie,
le vacarme des blocs brisés par l’étrave, défilant le long
de la coque, était assourdissant malgré l’allure réduite.
Dans
cet océan figé et éblouissant, six navires, en un étrange
ballet silencieux, laissaient un sillage noir, vite refermé.
On devinait chaque treuilliste clignant des yeux pour
déceler la moindre tension excessive des funes. Chaque
capitaine, les yeux rivés à l’écran du sondeur, s’efforçait
de déceler la présence du poisson au milieu des «papillons»
qui dansaient dans la lucarne verdâtre. Les lieutenants
tentaient de concilier les inconciliables: Eviter les blocs
les plus importants de la banquise, rester au dessus du
poisson, parer les abordages, mais aussi les longues traines
que chaque navire remorquait derrière lui - Ses propres
changements de cap devant rester minimes pour ne pas abîmer
ses propres apparaux de pêche. Sous le pont principal, dans
«l’usine», les hommes, devant les tapis
roulants, ébreuillaient, tranchaient, ensachaient de
cellophane. Douze heures de travail, six heures de repos. La
morue donnait. Il fallait en profiter. Le fécampois,
cuisinier sur le «Danemark», pris d’une crise subite,
avait sauté par dessus bord. Personne n’avait rien vu. Un
autre chalutier qui «traînait» à proximité
avait remarqué un point noir sur la glace, à 10 degrés sur
bâbord.
A sa
grande surprise, le lieutenant de quart, qui avait infléchi
sa route, découvrit non pas le phoque qu’il s’apprêtait à
filmer, mais notre homme, en bras de chemise, grelottant sur
un growler, et très provisoirement guéri de sa crise de
toto. Son «tonton», c’est à dire son
capitaine, après discussion en V.H.F. avec le docteur
Marrec, avait opté pour un rapatriement. Le remorqueur
l’avait donc pris à son bord et infléchissait sa route vers
Saint Pierre. La mer devenait libre, maintenant, et se
creusait. Le «Malabar» avait réduit la
vitesse, et roulait lourdement, lorsque le haut-parleur de
la B.L.U. se mit à crachouiller. Sur l’ « Albatros»,
en pêche sur le Grand Banc, l’officier radio souffrait d’une
douleur constrictive à la poitrine, Loïc connaissait bien ce
«pays» de Saint Pol de Léon. A cinquante
quatre ans, après une carrière sur la ligne de ferries
Roscoff -Plymouth, il avait voulu, avant la retraite, goûter
au mythique «Grand métier»; c’est ainsi qu’il
s’était retrouvé sur les bancs.
L’affaire paraissait sérieuse. Le commandant du remorqueur,
un Officier des Equipages de Cancale, fit monter le nombre
de tours. La mer était devenue franchement mauvaise. Les
embruns soulevés par l’étrave gelaient sur le pont et dans
la mâture, ourlaient la flottaison d’une ligne givrée. Le
bloc passerelle ressemblait à l’intérieur d’un frigidaire
négligé; et bientôt, le poids de la glace obligea à réduire
l’allure pour ne pas trop charger les hauts. Le tonton de
l’»Albatros» était inquiet, l’état de son radio s’aggravait,
au point que le capitaine donnait sa position en clair.
C’était donc grave : Jamais il n’aurait signalé ainsi aux
concurrents espagnols, coréens, ou portugais où était son
navire, et donc où était le poisson, sans une nécessité
vital. C’est dans la nuit que le zodiac put transférer Loïc
sur le chalutier étincelant de tous ses feux de travail.
Décidément, il ne s’habituait pas. Ni à l’odeur de poisson,
ni à l’échelle de pilote qu’il fallait saisir à la volée, et
escalader avant que la vague suivante ne lui remplisse les
bottes d’une eau glacée. D’ailleurs, il était toujours pris
de vitesse par la houle. Et cette fois-ci, c’était pire: Il
avait été trempé jusqu’à la ceinture. C’est à un médecin
dégoulinant que le tonton serra la main. Curieusement, on
oublia de lui demander de mettre les patins de feutre pour
traverser la passerelle au plancher ciré. Sa grand’mère eût
été jalouse de ce parquet où il laissait sa trace de glace
fondue... Infarctus? Embolie pulmonaire? Loïc pestait contre
la pharmacie magasin du port, qui lui avait refusé l’électro
cardiogramme portable réclamé à grands cris. Il était hors
de question de transférer le malade par zodiac sur le
remorqueur. Ni l’état de la mer, ni l’état du patient, ne le
permettaient. Il fallait donc dérouter le bateau. Vers
Saint Pierre? Impensable. Pas à cause de la distance; mais
cette houle de nord-ouest empêcherait de donner toute la
vitesse requise.
La
dépression serait sur eux avant l’arrivée. Ils devraient
mettre à la cape. La chole, comme on dit sur les bancs.
Restait Saint John’s, à Terre-Neuve. L’hôpital était bien
gréé, les spécialistes compétents, mais voilà, c’était le
Canada. Jamais la responsabilité de Loïc ne lui avait paru
aussi pesante. N’importe quel peuple civilisé aurait admis
sans contrôle une évacuation au travers de ses eaux
territoriales. Mais aujourd’hui, le conflit était ouvert
avec les «Nioufies», les habitants de
Newfoundland, Terre Neuve. Pour d’obscures raisons
historiques et économiques, le Canada voulait chasser les
bateaux de pêche étrangers hors de sa zone économique.
C’était une guerre commerciale frôlant parfois la bataille
navale Dérouter le chalutier, c’étaient trois jours de
chômage technique pour ce bateau de cinquante cinq hommes,
payés à la part. C’était, pour l’armateur, un terrible
manque à gagner dans un contexte économique déplorable ;
c’étaient des droits de pilotage, des droits de quai...
C’était, pour le tonton, s’exposer à un contrôle du cubage
des cales, de la nature et de la taille des espèces pêchées,
à une vérification du maillage du chalut...Et peut-être la
saisie de sa cargaison. Les canadiens ne laisseraient pas
passer une si belle occasion.
Connaissez-vous un pêcheur qui soit totalement en règle?
Loïc
savait tout cela. Il savait qu’une erreur de diagnostic ne
lui serait jamais pardonnée. Il savait que, s’il se
trompait, jamais plus il ne serait appelé sur un chalutier;
la présence du remorqueur d’assistance deviendrait
totalement inutile. Ah, s’il avait eu ce maudit électro! Ce
n’est pas pour rien que le terme de «pharmacien»
est une insulte dans la marine, tout comme « éléphant
», «douanier» ou «pantalon rouge».
La décision lui incombait, et à lui seul. Il joua la carte
de l’infarctus. A l’école de Médecine Navale, un Maître
d’expérience maritime l’avait instruit sur «Les
douleurs de poitrine à bord». C’était
un vieux Maître. L’un de ceux qui avait dû faire un
embarquement avant chaque galon, et dont l’avancement, de ce
fait, était si lent qu’on les avait surnommés les «capitaines
au long cours».
Les
jeunes médecins, à l’âge d’internet et de la télémédecine,
ne se souviennent plus de cet isolement des vieux Médecins
de Marine. Quoi qu’il en soit, Loïc appliqua les règles avec
la «boite à clous» qu’il avait
apportée: Deux doigts de Xylocaïne comme anti-arythmique,
Morphine (avec inscription au journal de bord), un éjaculat
de Calciparine, quelques litres d’oxygène obligeamment
fournis par le Chef machine...
Vingt
quatre heures après le pilote canadien montait à bord. Le
tonton, en vrai malouin, s’était bien gardé de claironner
son arrivée, dans le petit matin. Il n’avait touché le quai
que le temps de débarquer le malade, et déjà fi lait vers la
tour qui marque la passe de Saint John’s. Les contrôleurs de
pêche, réveillés à la hâte, arriveraient trop tard. Pendant
ce temps, l’ambulance, fournie par le shipchandler,
emportait le marin à l’hôpital. L’infarctus était confirmé,
l’officier radio était sauvé. Quelques heures plus tard, le
remorqueur, plus poussif, accostait à son tour pour
récupérer « son » médecin.
Le
Commandant se demande encore pourquoi, en franchissant la
coupée, Loïc Marrec murmurait « Dieu soit loué, il
avait un infarctus ».
Pierre de
Rotalier
Source :
Société Française de Médecine Maritime
www.mersante.com
Carte des 580
naufrages à St Pierre et Miquelon entre 1790 et 1975
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Remerciements
Michel Bentitou |