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Le conflit de 1914-1918 fit passer
les considérations d’ordre
économique au second plan, surtout
lorsque le port de Boulogne, menacé
par l’offensive allemande dut être
évacué. Le principal armateur
boulonnais, Joseph Huret, décida de
transférer ses activités à Bordeaux,
et en 1920, ses 4 chalutiers
prenaient la capitale de l’Aquitaine
comme port d’attache. Les nouveaux
chalutiers à vapeur se révélaient
plus rapides et plus productifs et
détrônaient les voiliers. Soulignons
que cet armateur avait mis au point
dès 1906 la technique de pêche au
chalut sur les bancs de Terre-Neuve.
Dans le courant des années 1920,
plusieurs Sociétés d’armement
s’établirent à Bordeaux :
« La Morue
Française » devenue par la suite «
Compagnie générale de Grande pêche
», « L’ancienne Maison Legasse et
Cie », La Société des pêches à
Vapeur », « Les pêcheries de France
», « La Maison A. Letouzé », « Les
Chalutiers Girondins », « La Société
Franco-Coloniale de grande pêche »
n’eurent qu’une existence très brève
par suite d’une concurrence âpre. «
La maison Huret » se transforma en
1928 en société anonyme qui prit le
nom de « Pêcherie de
Bordeaux-Bassens » et s’équipa de
chalutiers saleurs à propulsion
diesel. Quant à « La Pêche au Large
» fondée par Pierre Vidal en 1934,
elle ne possédait à l’origine que le
Victoria à moteur diesel ; elle
s’équipa rapidement de deux autres
unités, le Marcella et le
Merceditta.
L’origine
géographique des marins pêcheurs
était essentiellement bretonnes
Dans les rôles
d’équipage armant 6 navires partant
de Bordeaux en 1932, 220 marins
pêcheurs étaient inscrits dans le
quartier de la côte nord de la
Bretagne, 24 dans le quartier de
Fécamp, 17 dans ceux de la côte sud
de la Bretagne, et 8 dans de régions
littorales diverses. Armateurs et
sécheurs négociants bordelais et
bèglais travaillaient de concert. En
1936, Bordeaux ne possédait plus que
des chalutiers à vapeur et à moteur
diesel à la différence de Saint-Malo
et Fécamp, qui armaient des
voiliers, et jusqu’en 1939 les 7
unités bordelaises ramenaient près
de 2 000 tonnes de morue verte par
campagne, ce qui représentait une
valeur approximative de 5 millions
de francs. Les navires étaient
amortis rapidement. Cette prospérité
fut malheureusement interrompue par
le second conflit mondial où les
chalutiers bordelais furent
transformés en patrouilleurs et
vécurent des fins très variables. En
1945, l’armement durement touché ne
pouvait qu’espérer une aide de
l’Etat pour reconstituer sa
flottille.
De 1955 à
1965, les mauvaises pêches et les
difficultés d’écoulement, bon an mal
an, des sécheurs bèglais
entraînèrent la fermeture de 3
armements, « la Maison Legasse et
Neveu », « la Compagnie Générale de
Grande Pêche », et « les Armements
Français Coloniaux ». Seules les 2
grandes compagnies, « la Pêche au
Large » et « les Pêcheries de
Bordeaux-Bassens » installées sur le
quai Sud du premier bassin à flots
et armant le Pierre Vidal, le
Magdalena, et l’Anita pour l’une, le
Jutland, le Finlande et l’Islande
pour l’autre continuaient à importer
entre 18 000 et 22 000 tonnes de
morues vertes par an.
(À Bègles les deux tiers des 30
sécheries conservaient une structure
artisanale. De vastes magasins de
planches servaient d’entrepôts, et
sur les prairies les morues
claquaient au vent accrochées aux
pendilles 10 d’entre elles
possédaient un outillage moderne
doté de couloirs de séchage à
courant d’air chaud. Avant guerre,
certaines maisons avaient installées
des chambres frigorifiques).
La disparition des petits armateurs
au profit des puissantes sociétés
fut renforcée par la grave crise de
l’industrie morutière de 1968, et
s’aggrava à l’ouverture des
frontières de la C.E.E. en février
1971. Les causes économiques furent
la raréfaction du poisson
consécutive à un overfishing22 sur
les bancs traditionnels de
Terre-Neuve, du Groenland et
d’Islande. Les raisons politiques à
cette crise se situaient dans la
future Europe des pêches, où les
armateurs devaient se concentrer sur
la production de poissons congelés,
présentés par les technocrates
européens de la consommation comme
étant un produit parfaitement adapté
à la civilisation moderne. Face à
ces contraintes socio-économiques,
les deux armateurs bordelais
abandonnèrent progressivement les
saleurs pour une flotte de navires
mixtes, à la fois saleurs et
congélateurs, et de navires
congélateurs. Dans le courant des
années 1970, le salé disparaissait
progressivement, et les navires
bordelais débarquaient les 1 500 à 2
000 tonnes de poissons congelés à
Boulogne,
Saint-Malo, et Rochefort, car
Bordeaux, dépourvu d’usines de
transformation du surgelé, ne
recevait que la farine et l’huile.
L’industrie du séchage a mal résisté
à cette brutale mutation de
l’armement malgré les aides
accordées par les Fonds Européens
d’Orientation et de Garantie
Agricole. Les deux tiers des
entreprises artisanales bèglaises24
ne travaillant que de faibles
tonnages selon la méthode
traditionnelle durent fermer leurs
portes par manque de matières
premières. Celles qui s’adaptèrent
financièrement traitaient de plus en
plus des morues vertes venant
d’Espagne, de Norvège, et des îles
Féroé.
Une fois
brossée, lavée et imprégnée de
nouvelle saumure, la morue passait
dans un tunnel maçonné parcouru
d’air chaud (28 à 30 degrés) pulsé
par des ventilateurs électriques. La
vieille technique des pendilles25
trop dépendante des caprices
climatiques et d’une main-d’œuvre
importante était révolue.
Au milieu des
années 1970, « la Pêche au Large »
et « les Pêcheries de
Bordeaux-Bassens », les deux
concurrents, fusionnèrent pour
former « la Société Nouvelle des
Pêches Lointaines », la S.N.P.L, qui
passa sous le contrôle du « groupe
Barry-Rogliano-Salles », spécialisé
dans le courtage maritime. Cette
fusion reposa en partie sur la
personnalité de Monsieur Domecq qui
avait l’avantage de n’appartenir à
aucun des deux armements. Elle
disposait du Finlande, du Groenland,
de l’Islande et du Jutland des «
Pêcheries de Bordeaux-Bassens », et
du Commandant Gué, du Pierre Vidal
et du Victoria de « la Pêche au
Large ». Un huitième bateau de
Fécamp, le Joseph Duhamel, rejoignit
la flottille qui devint le plus
grand armement français de grande
pêche.
Le congelé triomphait du salé par
des techniques de pêche et de
traitement automatiques du poisson.
Les années 1980 furent marquées par
des difficultés croissantes d’accès
aux ressources biologiques, tous les
pays riverains de l’Atlantique Nord
instituaient au large de leurs côtes
des zones économiques exclusives de
200 milles, à l’intérieur desquelles
ils n’accordaient que des quotas
parcimonieux aux navires étrangers.
Réalisant les trois-quarts de son
activité dans les eaux canadiennes,
la S.N.P.L. s’efforça de redéployer
ses navires dans l’océan Austral,
autour de l’archipel de Kerguelen,
et dans l’Atlantique Sud. Les
résultats furent insuffisamment
probants. Aussi, l’épuisement des
stocks poussa les autorités
canadiennes en 1988 à maintenir les
quotas de pêche dans ses eaux
territoriales, et donc à
Terre-Neuve, décision sanctionnée
par le tribunal de New York en 1992.
Ce moratoire rendit problématique la
rentabilité des grands navires de
pêche, et la « S.N.P.L » obligée de
se délester de ses unités, prit le
contrôle de « la Société Interpêche
» de Saint-Pierre-et-Miquelon. Cette
tentative se révéla illusoire, le
Canada se montrant intransigeant sur
les quotas. La S.N.P.L. vendit
Interpêche au groupe espagnol «
Pescanova », et mit un point final à
la longue histoire morutière
bordelaise.
En 1996, le
commerce de la morue persistait à
Bègles dans quatre entreprises, Jean
Boyer Fils, Charron SARL, Rumeau
Fish Trading, et Sar Océan. Cette
dernière disposait d’une
installation qui lui permettait de
traiter 30 tonnes de morue par jour
et 6 000 tonnes par an. Aujourd’hui,
Sar Océan reste la dernière
entreprise bèglaise de morue.
Source : « editionsconfluences » et
Internet
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