RÉSUMÉ
Les stocks de morue franche de l’est du plateau
néo-écossais et du Sydney Bright font partie de ce que
le COSEPAC a appelé la population des Maritimes. La
désignation de population « préoccupante » attribuée par
le COSEPAC à l’ensemble de la population de morue
franche des Maritimes s’y applique donc. La morue des
unités de gestion 4VsW (est du plateau néo-écossais) et
4Vn de mai à octobre (Sydney Bright) est tombée à ses
plus bas niveaux d’abondance à ce jour et elle présente
une répartition restreinte, une faible croissance, une
piètre condition, une maturation précoce et un faible
recrutement. Sa mortalité est très élevée, malgré les
moratoires sur sa pêche dirigée, et son état ne laisse
entrevoir aucun signe d’amélioration.
Diverses hypothèses sont avancées pour expliquer
l’absence de rétablissement de ces stocks de morue
malgré la cessation de la pêche dirigée en 1993 et le
retour de conditions de l’océan plus proches des
moyennes à long terme, après un profond refroidissement
à la fin des années 1980 et au début des années 1990.
Des changements simultanés dans l’abondance et les
paramètres des populations de nombreuses autres espèces
révèlent qu’il s’est produit une perturbation majeure de
l’écosystème dans son ensemble. Il ne semble pas que les
prises accessoires dans d’autres pêches soient une
grande source de mortalité de la morue, mais il existe,
en revanche, une importante mortalité de la morue
juvénile due à la prédation, en particulier par les
phoques gris. La forte mortalité des morues adultes peut
être due à la piètre condition du poisson, occasionnée
principalement par une diminution de ses sources
alimentaires, quoiqu’un taux élevé d’infection par le
ver du phoque puisse aussi contribuer à cette mortalité.
Plusieurs facteurs pourraient expliquer le faible
recrutement : la perte de composantes de reproducteurs
et la faible abondance de ces derniers en général a
réduit le potentiel de reproduction et la prédation des
œufs et des larves de morue par le hareng et le
maquereau a pu s’intensifier alors que ces populations
de poisson ont augmenté. Il est possible également que
des changements dans le régime des courants océaniques
aient réduit la survie des œufs et des larves ou qu’une
diminution de l’habitat benthique favorable ait
contribué à la baisse de la survie de la morue juvénile.
Le
présent document a pour but de cerner les mesures qu’il
est possible de prendre pour empêcher que l’abondance de
la morue continue de décliner et pour faciliter son
retour à ses niveaux historiques. Force est de
reconnaître, cependant, qu’un tel objectif est peut-être
hors d’atteinte, car il est possible que les conditions
de l’océan et de l’écosystème ne se prêtent pas
indéfiniment à des améliorations de la productivité de
la morue. Outre celles qui figurent déjà dans l’actuel
plan de gestion du poisson de fond, des stratégies ont
toutefois été cernées qui méritent d’être évaluées.
Certaines d’entre elles pourraient réduire directement
la mortalité de la morue; d’autres contribueraient à une
bonne maîtrise de la mortalité, advenant un
rétablissement des stocks dans l’avenir. Voici
ces stratégies, par ordre de priorité. :
|
.
Élaborer un cadre décisionnel de gestion axé
sur le principe de précaution, qui
permettrait de s’entendre d’avance sur les
mesures de gestion à prendre face à tout
changement apparent dans l’état des stocks
de morue.
.
Évaluer les coûts et avantages d’une
réduction de l’abondance du phoque gris une
fois qu’on connaîtra les résultats de
nouvelles analyses scientifiques sur la
mortalité de la morue par prédation.
.
Mettre fin aux pêches repères commerciales,
qui ne contribuent pas à l’évaluation de
l’état du stock.
.
Procéder à un examen de la présence
d’observateurs en mer dans les pêches
d’invertébrés et de poisson de fond dans
4VW, afin de déterminer si elle est
suffisante pour documenter les prises
accessoires de morue et détecter des
changements majeurs dans le taux de ces
prises.
.
Améliorer l’intendance partagée en explorant
les moyens de financer les opérations de
collecte de données et d’auto surveillance
de l’industrie dans le cadre des programmes
découlant de la LEP.
.
Intégrer aux exigences réglementaires
applicables à l’exploration sismique les
frayères et couloirs de migration de la
morue.
.
Protéger l’habitat de la morue juvénile en
limitant les perturbations dans les régions
du fond qui présentent une riche structure
verticale. |
Stratégies de gestion
pour le rétablissement des stocks de morue franche de
l’est du plateau néo-écossais (4VsW) et du Sydney Bright
(4Vn [mai-octobre])
INTRODUCTION
La morue franche présente dans le
sud du golfe du Saint-Laurent et sur le plateau
néo-écossais jusqu’au golfe du Maine a été définie comme
étant la « population des Maritimes » par le Comité sur
la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC),
qui l’a désignée population préoccupante1
en mai 2003 (COSEPAC, 2003). Le COSEPAC justifiait ainsi
sa désignation :
« Les
morues franches dans le Sud du golfe du Saint-Laurent,
sur l’ensemble du plateau néo-écossais et dans le golfe
du Maine comprennent un assemblage hétérogène de stocks
qui connaissent de faibles niveaux d’abondance en tant
que groupe. Ces niveaux ne sont pas sans précédents pour
la morue dans le Sud du Golfe, le Sud-ouest du plateau
néo-écossais, la baie de Fundy et le banc Georges, mais
celles se trouvant dans l’Est du plateau néo-écossais
sont à des niveaux historiques les plus bas et
connaissent un déclin continu en l’absence de pêche
dirigée. Dans l’ensemble, la morue de la région entière
a connu un déclin de 14 p. 100 au cours des 30 dernières
années et a fait preuve d’une vulnérabilité aux
activités anthropiques. Les menaces à la persistance
comprennent la pêche dirigée, les prises accessoires
dans d’autres pêches, la prédation naturelle et les
changements naturels et ceux produits par pêche sur
l’écosystème. »
Cette
population des Maritimes définie par le COSEPAC comprend
la morue de cinq zones qui servent depuis le début des
années 1970 à la gestion de la pêche. Ces zones,
définies d’après les divisions et subdivisions de
statistiques de l’Organisation des pêches de
l’Atlantique Nord-Ouest (OPANO), sont 4T-Vn
(novembre-avril) (sud du golfe du Saint-Laurent), 4Vn
(mai-octobre) (Sydney Bright), 4VsW (est du plateau
néo-écossais), 4X (sud-ouest de la Nouvelle-Écosse) et
5Zc (partie canadienne du banc Georges).
Un
groupe de travail Canada – provinces Maritimes pour le
rétablissement de la morue a été mis sur pied en
novembre 2003 et chargé d’élaborer et de mettre en œuvre
des stratégies de rétablissement de la morue franche
dans les eaux des Maritimes, soit du large du
Nouveau-Brunswick, de l’Île-du-Prince-Édouard et de la
Nouvelle-Écosse. Ce groupe est l’un des trois groupes
régionaux mis sur pied, les deux autres s’occupant
respectivement de la population de morue de Terre-Neuve
et du Labrador et de celle de la région Laurentienne.
Les travaux de ces groupes aideront le MPO à déterminer
si les divers stocks de morue des eaux canadiennes
doivent être inscrits à la liste de l’annexe I de la
Loi sur les espèces en péril.
Le
présent document représente la contribution du Secteur
de Scotia-Fundy, Région des Maritimes du MPO, au groupe
de travail Canada – provinces Maritimes. Il constitue
une base à partir de laquelle élaborer un plan de
gestion visant spécifiquement les stocks de morue de
l’est du plateau néo-écossais (4VsW) et du Sydney Bright
(4Vn [mai-octobre]) et traitant des questions associées
au rétablissement. (Ces zones de gestion sont illustrées
à la figure 1.) La nécessité d’un plan de rétablissement
spécial vient du fait que, malgré l’existence d’un
moratoire sur la pêche parmi ces stocks depuis 1993, il
n’y a pas encore de signes d’amélioration de leur état.
Il y a donc lieu de déterminer ce qu’on peut faire de
plus maintenant et de se préparer pour le cas où les
stocks de morue donneraient des signes de
rétablissement.

Les stocks de morue considérés ici ont été gérés par le
MPO au moyen d’un ensemble de plans de gestion annuels
du poisson de fond à l’échelle de la zone Atlantique,
initialement établis lors de l’extension de la zone de
compétence canadienne en matière de pêche, en 1977, puis
à partir de 2000 au moyen de plans de gestion du poisson
de fond dans le Secteur de Scotia-Fundy. Un plan de
gestion pluriannuel est actuellement en vigueur (MPO,
2002b). Le présent document traite des moyens
d’accroître les mesures de gestion dans le but précis
d’améliorer les perspectives de rétablissement de ces
deux stocks. Advenant que la population de morue franche
des Maritimes soit inscrite en tant que population « préoccupante »
sur la liste de l’annexe 1 de la LEP, il deviendrait
nécessaire de produire un tel plan de gestion dans les
trois ans.
Les pages qui suivent présentent un historique de la
pêche, décrivent les tendances des stocks de morue de
4VsW et de 4Vn (mai-octobre) ainsi que l’état perçu de
ces stocks, et elles recensent les facteurs qui peuvent
influer sur leur rétablissement. Elles contiennent aussi
un examen du cadre de gestion actuel et également des
répercussions d’une inscription sur la liste de la LEP,
ainsi qu’une évaluation des objectifs et stratégies
possibles de rétablissement des stocks. On y décrit
aussi les possibilités d’intendance partagée et on y
formule des recommandations sur les mesures à prendre
dans le cadre des stratégies établies. Ces
recommandations ne sont que des propositions initiales,
visant à stimuler la discussion parmi les intervenants,
et elles laisseront leur place en définitive au plan de
rétablissement dont il aura été convenu.
ÉTAT DES STOCKS
Sources d’information
L’information sur l’état des stocks présentés ci-après
provient des rapports du Processus consultatif régional
(PCR) des provinces Maritimes du MPO et des documents
qui les appuient. La plus récente
évaluation du stock de morue de 4VsW a été réalisée en
2003 (Fanning et al. 2003) et a fait l’objet d’un
Rapport sur l’état des stocks du PCR (MPO, 2003a). Dans
le cas de la morue de 4Vn (mai-octobre.), sa plus
récente évaluation remonte à 2001 (Mohn et al. 2001) et
l’avis qui en découle figure aussi dans un Rapport sur
l’état des stocks du PCR (MPO, 2002a). Les Opinions
d’expert du MPO (disponibles sur demande) contiennent
les plus récentes données sur les prises et estimations
d’abondance d’après les relevés par navire scientifique.
Fondement des
évaluations actuelles et antérieures
1) La
plus récente évaluation du stock de morue de 4VsW est
fondée principalement sur les estimations de la
population d’après le relevé par navire scientifique
(NS) du MPO de juillet, corrigées en fonction de
coefficients de capturabilité (q) provenant de
documents scientifiques pour produire des estimations de
la population totale. Deux séries de relevés, plus
courtes, sont également utilisées (voir ci-dessous). Les
évaluations antérieures reposaient en bonne part sur les
résultats d’analyses séquentielles de population (ASP),
mais en l’absence de pêche et compte tenu des
incertitudes actuelles au sujet de la mortalité
naturelle, l’utilité de cette méthode d’ASP est limitée.
2) La
plus récente évaluation du stock de morue de 4Vn
(mai-octobre) repose largement sur les données du relevé
NS annuel de juillet (non corrigées en fonction de q).
Un deuxième relevé a été réalisé depuis 1994 (voir
ci-dessous). Dans le cas de ce stock, on a aussi procédé
à une ASP pour évaluer les effets de différentes
hypothèses au sujet de la mortalité naturelle.
Incertitudes dans les
évaluations
Comme importantes sources techniques d’incertitude dans
les résultats de l’évaluation, le Rapport sur l’état du
stock de morue de 4VsW (MPO, 2003a) fait état du
caractère inadéquat des coefficients de correction q
utilisés, tandis que celui qui porte sur le stock
de 4Vn (mai-octobre.) (MPO, 2002a) souligne la forte
variabilité des estimations de l’abondance d’après le
relevé NS de juillet (due au petit nombre d’échantillons
prélevés dans la zone).La plus importante lacune dans
les connaissances citée dans les deux rapports est le
degré de mortalité naturelle due soit à la prédation par
les phoques, soit aux conditions environnementales.
L’évaluation portant sur la morue de 4Vn fait aussi état
des prises non déclarées, c’est-à-dire non prises en
compte dans la mortalité par pêche, comme problème
possible (mais aucun cas précis n’est mentionné).
L’intégrité du stock est vue comme un facteur
d’incertitude important dans le rapport sur la morue de
4Vn, en raison du mélange de stocks locaux avec ceux
plus vastes de 4TVn (novembre-avril) et de 4VsW. La
morue de 4T passe en bonne part l’hiver dans 4Vn et
aussi loin au sud que dans 4Vs. La présence de poissons
de 4T dans 4Vs a été particulièrement marquée en
1986-1992 et leur exploitation dans ces eaux a créé des
difficultés notables pour l’évaluation du stock (on
estimait que 2 000 à 9 000 t des débarquements annuels
de 4Vs dans les années en question étaient constituées
de morue de 4TVn [Mohn and McEachern, 1994]).
L’existence d’une migration des morues de 4Vs à 4Vn (et
même à 4T) en été est aussi bien documentée (Campana et
al. 1995a). Bien qu’il y ait des preuves de la présence
d’un stock local de morue dans 4Vn, on ne sait pas dans
quelle mesure les données provenant de 4Vn (mai-octobre)
reflètent l’état de ce stock résident de reproducteurs
et la question est sujette à discussion (Campana et al.
1995a). De façon plus générale, il est important dans
une perspective de rétablissement de considérer qu’au
sein des unités de gestion il y vraisemblablement
diverses composantes de reproducteurs. Les eaux côtières
et les bancs de la Région des Maritimes comptent divers
stocks et on connaît mal le degré de mélange entre ces
stocks. Certains des poissons qui les composent sont des
reproducteurs d’automne et d’autres des reproducteurs de
printemps. S’il est vrai que les unités de gestion
reflètent des discontinuités à grande échelle dans les
caractéristiques des populations de morue, elles
existent en bonne part pour des raisons de commodité
administrative.
Les incertitudes dans les évaluations de stock dues à
des erreurs dans les statistiques de prises historiques
peuvent aussi jouer un rôle important, car elles
risquent de déformer nos perceptions de la productivité
historique et d’introduire un biais dans les valeurs
calculées des points de référence. Cela est
particulièrement vrai dans le cas de 4VsW, où s’est
déroulée dans les années 1960 et au début
des
années 1970 une importante pêche étrangère, dont les
rapports statistiques sont d’une fiabilité douteuse.
Morue de l’est du
plateau néo-écossais (4VsW)
La pêche
Les débarquements annuels déclarés de morue de 4VsW dans
les années 1960 et au début des années 1970 étaient de
l’ordre de 50 000 à 80 000 tonnes (fig. 2). Les prises
canadiennes en représentaient environ 10 000 à 25 000
tonnes. Si les prises canadiennes totales sont
vraisemblablement modérément fiables, on doute
sérieusement de l’exactitude des prises restantes,
capturées essentiellement par l’Espagne. À partir de la
fin des années 1970, après l’extension de la zone de
compétence canadienne en matière de pêche, celle-ci a
été presque exclusivement canadienne. Les prises
nominales dans les années 1980 étaient habituellement de
l’ordre de 40 000 à 55 000 tonnes. De la fin des années
1950 au début des années 1990, la pêche était pratiquée
très largement au chalut à panneaux. Toutefois, les
prises par d’autres engins, en particulier la palangre,
représentaient une importante composante de la pêche
canadienne (fig. 3). Des restrictions sous forme de
total autorisé des captures (TAC) ont été imposées par
la Commission internationale pour les pêches de
l’Atlantique Nord-Ouest (CIPANO) de 1973 à 1976 et par
le Canada les années subséquentes. Le MPO a décrété un
moratoire sur la pêche le 31 août 1993 et toute pêche
dirigée reste depuis interdite.


Abondance du stock
Trois relevés sont considérés comme donnant des indices
utiles de l’abondance de ce stock. Deux d’entre eux sont
réalisés par des navires scientifiques du MPO, l’un en
juillet (depuis 1970) et l’autre en mars (depuis 1979).
Le troisième est un relevé sentinelle faisant appel à
des palangriers commerciaux, qui est réalisé en
septembre-octobre depuis 1995. Les relevés de juillet
dénotent un déclin continuel depuis le début des années
1980 de l’abondance de la population, qui avait augmenté
après avoir connu un seuil au milieu des années 1970.
Les autres séries de relevés produisent des résultats
comparables à ceux du relevé de juillet dans les cas ou
leurs résultats chevauchent ces derniers (fig. 4).
Distribution
Les
indices de la distribution spatiale découlant des prises
dans le relevé NS de juillet dénotent une stabilité
jusqu’au milieu des années 1980, puis un déclin
progressif jusqu’à environ 1990, suivi d’une chute
importante et abrupte, et d’un maintien à de faibles
niveaux à partir de 1993 (fig. 5). Le déclin brutal à
partir d’environ 1990 est aussi reflété dans le relevé
NS de mars (fig. 5). (On trouvera une description des
indices dans Zwanenburg et al. [(2002].)

Croissance
Les
longueurs moyennes selon l’âge, mesurées dans le relevé
NS de juillet, étaient grandes dans la période allant du
milieu des années 1970 au milieu des années 1980 et
elles ont en général décliné depuis (fig. 6). La
différence dans la longueur moyenne entre 4Vs et 4W a
augmenté ces dernières années, les poissons de 4Vs étant
plus grands que ceux de 4W. Ces changements dans la
longueur moyenne selon l’âge reflètent une évolution
sous-jacente du taux de prises.

Condition
La
condition du poisson en juillet était forte au milieu
des années 1970, mais elle a progressivement diminué
dans 4Vs comme dans 4W jusqu’au début des années 1990
(fig. 7). Dans 4W, la condition s’est ensuite améliorée,
si bien qu’en 2001 elle était proche de ses valeurs du
milieu des années 1970. Dans 4Vs, toutefois, il n’y a
pas eu d’amélioration soutenue de la condition depuis le
début des années 1990. La condition du poisson en mars a
quant à elle décliné plus nettement dans les années
1980, pour atteindre son niveau le plus bas en 1993 et
elle n’a pas connu d’amélioration du début des années
1990 à 2003 dans une zone ou dans l’autre. Les données
de mars sont celles qui sont les plus importantes, car
on se trouve alors en période de frai ou dans la période
qui suit immédiatement le frai et elles sont donc le
meilleur indicateur des mortalités possibles dues au
stress du frai.

Âge et longueur à la
maturité
La
longueur à la maturité sexuelle a diminué de la fin des
années 1970 au milieu des années 1990, sa réduction la
plus importante survenant au début des années 1990 et la
longueur à la maturité 50 % est restée basse depuis
(fig. 8). L’âge à la maturité variait autour de 3,5 de
1980 à 1995, puis il est tombé à environ 3,0 à la fin
des années 1990. Les tendances étaient similaires dans
4Vs et dans 4W.
Tendances de la
biomasse du stock de reproducteurs
La
biomasse du stock de reproducteurs était basse au milieu
des années 1970, mais elle a beaucoup augmenté, pour
atteindre son maximum au milieu des années 1980 (fig.
9). Toutefois, elle a connu un déclin exponentiel par la
suite et elle est actuellement extrêmement basse. Les
reproducteurs d’âge 5 et des âges supérieurs, c.-à-d.
ceux que l’expérience distingue des reproducteurs de
premier frai, représentaient plus de 50 % de la biomasse
de reproducteurs avant 1995, mais la proportion de ces
plus vieux reproducteurs a nettement diminué à la fin
des années 1990 et au début des années 2000. On croit
que les grands poissons expérimentés ont une
contribution proportionnelle plus importante à la
production de larves, par unité de poids, que les petits
reproducteurs de premier frai.

Recrutement
L’effectif des classes d’âge (mesuré aux âges 1 et 2)
était plus élevé au début des années 1970 et à nouveau
au début des années 1980, mais les classes d’âge d’après
1982 ont été faibles, en particulier celles des années
1990 (fig. 10).

Mortalité naturelle
La
mortalité totale (Z), estimée d’après les données du
relevé NS de juillet, a continuellement augmenté du
milieu à la fin des années 1980 et elle n’a pas diminué
après la fermeture de la pêche, en 1993 (fig. 11). La
mortalité totale à partir de 1993 nous donne une
estimation de la mortalité naturelle (M), puisque les
prises de la pêche sont négligeables depuis cette année
là. La mortalité M parmi les âges 5 à 8 a été d’environ
1,0 et en augmentation depuis 1993. La mortalité M
estimée parmi les plus jeunes âges (2-4) a été d’environ
0,5 durant cette période, mais ce chiffre représente une
sous-estimation en raison de lacunes méthodologiques et
on croit que la mortalité naturelle parmi les jeunes
morues a été en fait égale ou supérieure à celle des
morues plus âgées. Par conséquent, M a été, du moins
depuis le début des années 1990, très haute par rapport
à l’estimation de M=0,2 utilisée dans les évaluations de
tous les stocks de morue de l’Atlantique Nord-Ouest
avant l’effondrement des stocks, au début des années
1990. Les estimations fondées sur les données des
relevés indiquent qu’une proportion de 40 à 65 % de la
population meurt chaque année, probablement de causes
autres que la pêche, alors qu’on chiffrait auparavant
cette proportion à 18 %.

Morue du Sydney Bright
(4Vn [mai-octobre])
La pêche
Les débarquements déclarés de morue en provenance de 4Vn
(mai-octobre) ont culminé dans les années 1960 à environ
10 000 tonnes et sont tombés à un minimum d’environ
2 000 t au milieu des années 1970 (fig. 12). Ils ont
connu un second pic, plus soutenu, à environ 10
000 tonnes dans les années 1980, suivi d’un déclin, à
nouveau jusqu’à environ 2 000 t, en 1992. Le MPO a
décrété un moratoire sur la pêche le 31 août 1993 et
toute pêche dirigée est depuis interdite. Bien que
certaines des prises déclarées dans les années 1960 et
au début des années 1970 aient été capturées par des
navires espagnols, français et portugais, ces navires
s’intéressaient surtout à la pêche d’hiver de la morue
de 4TVn (novembre-avril) et lorsque les pêches dans le
golfe du Saint-Laurent ont été placées sous compétence
canadienne par l’établissement de limites de zones de
fermeture, en 1971, la participation de ces navires à la
pêche dans 4Vn est devenue négligeable. Par conséquent,
la pêche dans cette zone a été pratiquée très largement
par le Canada, surtout à la palangre et à la ligne à
main, quoique les chaluts à panneaux et les sennes
danoises aient capturé une part importante des prises à
certaines périodes (fig. 12). Des restrictions sous
forme de total autorisé des captures ont été imposées
par la CIPANO de 1974 à 1976 et par le Canada ensuite.
Abondance du stock
Les estimations d’abondance dans le relevé NS de juillet
étaient basses au milieu des années 1970, hautes dans
les années 1980 et basses à nouveau dans les années 1990
(fig. 13). Bien que, d’après les données, les faibles
abondances du milieu des années 1970 et de la fin des
années 1990 semblent comparables, il faut savoir que
dans ce cas il n’y a pas eu de correction pour tenir
compte du changement de navire de relevé entre 1981 et
1982 (contrairement à ce qui s’est produit dans
l’analyse des données de 4VsW, où les données de
1970-1981 ont été rajustées par un facteur de 1,70.) Il
est donc probable que l’abondance à la fin des années
1990 était inférieure à celle du milieu des années 1970.
Les taux de prises d’un relevé sentinelle, réalisé par
des palangriers commerciaux, ont diminué de plus de 50 %
du début de ce relevé (en 1994) à 2001, ce qui concorde
en général avec les résultats du relevé NS.
Distribution
La distribution s’est
restreinte de plus en plus dans les années 1990, comme
le révèle un indice de la superficie occupée fondé sur
les relevés NS de juillet (fig. 14).

Croissance
Les longueurs moyennes à l’âge 5, qui sont typiques des
poissons plus vieux, ont sensiblement diminué au milieu
des années 1980 et sont restées basses depuis (fig. 15).
En revanche, les longueurs aux âges 2-4 n’ont pas
beaucoup varié.

Condition
La condition en juillet (d’après les relevés NS) s’est
améliorée au début des années 1970 pour atteindre son
maximum à la fin de la décennie. Elle a ensuite diminué
au début des années 1980 et est restée basse tout au
long des années 1980 et 1990 (fig. 16).

Âge et longueur à la
maturité
Pas de
données.
Tendances de la
biomasse du stock de reproducteurs
Si
on prend la biomasse des poissons des âges 5+ (d’après
l’ASP) comme indicateur approximatif de la biomasse du
stock de reproducteurs, on constate qu’un déclin est
survenu après 1985, la biomasse tombant d’environ
30 000 t au début des années 1980 à moins de 2 500 t
depuis 1993 (fig. 17). Il n’y a pas de signe
d’amélioration.
Recrutement
L’effectif des classes d’âge, d’après l’abondance à
l’âge 3 dans les relevés NS de juillet, a été faible
tout au long des années 1990 (fig. 18).

Mortalité
naturelle
La
mortalité totale (Z) parmi les groupes d’âges pleinement
recrutés dans les relevés NS de juillet (âges 6-9) était
forte à la fin des années 1980 et au début des années
1990, et elle l’est restée même après la fermeture de la
pêche en 1993 (fig. 19). Comme cela a été le cas pour la
morue de 4VsW, on peut considérer les estimations de la
mortalité totale d’après 1993 comme des estimations de
la mortalité naturelle, M. La valeur de M est d’environ
1,0, ce qui est comparable à celles des morues plus
vieilles dans 4VsW.

FACTEURS NUISANT AU RÉTABLISSEMENT
Les facteurs qui limitent le rétablissement des stocks
canadiens de morue franche ont récemment été examinés
par le COSEPAC dans son évaluation des populations de
morue (COSEPAC, 2003) et par les Sciences du MPO lors
d’une réunion sur les stocks de morue à l’échelle de la
zone Atlantique (Rice and Rivard, 2003). Ces deux
évaluations utilisent des analyses antérieures provenant
d’un atelier sur le dilemme du recrutement de la morue
organisé par le Comité océanographique des pêches du
SCES (Swain and Castonguay, 2000). Les deux documents
présentent de nombreuses causes possibles de l’échec du
rétablissement des stocks depuis le début des années
1990. Toutefois, en aucun cas on ne peut déterminer dans
quelle mesure tel ou tel facteur est responsable de cet
échec. En fait, il apparaît que l’importance de certains
facteurs varie d’un stock à un autre. Les deux rapports
évoquent néanmoins tous deux dans leurs conclusions les
facteurs suivants pour expliquer l’absence de
rétablissement :
1) Le
climat de l’océan a été particulièrement défavorable à
la morue pendant au moins la première moitié des années
1990.
2) La
mortalité des juvéniles et des adultes imputable à des
causes autres que la pêche est très haute et peut être
due à :
a.
la prédation par les phoques (pour ce qui est des
juvéniles);
b.
une piètre condition énergétique après le frai (pour ce
qui est des adultes).
3) Il
y a eu de la mortalité par pêche :
a.
soit par pêche dirigée (quand elle était permise);
b.
soit par rejets, fausses déclarations, braconnage et
non-déclaration des prises.
4) Le
recrutement est peut-être plus bas en raison de la forte
prédation des œufs et des larves par le hareng et le
maquereau (dans certains secteurs).
5) Il
y a eu une importante réduction de l’effectif de
certaines composantes de reproducteurs et une réduction
de l’étendue des frayères (au sein des unités de
gestion).
6) Le
potentiel de reproduction était faible, car la
population comptait une forte proportion de
reproducteurs de premier frai, dont la contribution (par
kilogramme) est inférieure à celle des poissons plus
vieux, et la piètre condition énergétique du poisson a
réduit encore davantage le potentiel de reproduction.
7) Les
paramètres du cycle biologique ont changé (on a observé
en particulier une diminution du taux de croissance et
de la taille à maturité), peut-être en raison de la
sélection génétique occasionnée par la forte
exploitation antérieure.
Tous ces facteurs pourraient avoir une influence sur les
perspectives de rétablissement de la morue de l’est du
plateau néo-écossais et du Sydney Bight (sauf le facteur
3a, la pêche dirigée n’étant plus autorisée depuis
1993). On trouvera ci-après un examen des données
concernant les autres facteurs dans ces deux stocks.
Changements dans les conditions de l’océan
La
température et la salinité dans l’est du plateau
néo-écossais ont connu des changements importants dans
les 20 dernières années. L’eau froide a été plus
présente dans les couches sub-superficielles de la
partie nord-est du secteur. À preuve, la température à
100 m dans les environs du banc de Misaine (dans 4Vs),
qui après avoir culminé vers 1980 a chuté à un minimum,
auquel elle s’est maintenue tout au long du début des
années 1990 (fig. 20). C’était là la plus longue période
de froid – et de froid le plus intense – d’après la
série de données sur 50 ans dans cette région. Des
conditions froides comparables ont été enregistrées dans
les régions côtières. En outre, des faibles salinités
records dans les eaux proches de la surface ont
occasionné une hausse dans la stratification de la
densité verticale à partir de la fin des années 1980;
pendant la plupart des années 1990, l’indice est resté à
ses niveaux les plus hauts en 50 ans (fig. 21). Une
réduction du nombre de tempêtes au début des années 1990
a pu contribuer à la hausse de la stratification. Ces
changements sont importants et ont peut-être eu un effet
néfaste sur la production de morue.


Forte mortalité des
juvéniles et des adultes en l’absence de pêche dirigée
Prédation
Les
phoques gris sont abondants - et les phoques communs
courants – dans 4VW. La plupart des phoques gris mettent
bas sur l’île de Sable, où on a observé une hausse de
13 % de la production annuelle au cours des 40 ans
derniers, résultant en une hausse exponentielle de la
population (fig. 22). Les estimations de la consommation
annuelle de nourriture par les phoques gris augmentent
en conséquence et, quoique la morue ne représente qu’une
petite proportion de l’alimentation du phoque gris, sa
consommation par ce dernier pourrait être un facteur
important d’entrave au rétablissement de la population
de morue. La prédation par le phoque gris touche surtout
la morue juvénile.
Le
phoque commun, dont l’alimentation comporte aussi de la
morue, est largement distribué dans les eaux côtières de
4VW et il en existe aussi une petite population sur
l’île de Sable. La colonie de l’île de Sable diminue
cependant depuis environ 1990. On ne dispose pas de
données sur les tendances de la plus grande population
côtière, mais, quoiqu’il en soit, on pense que
l’abondance du phoque commun dans 4VW est inférieure
d’au moins un ordre de grandeur à celle des phoques
gris. Le phoque commun est donc une source de moindre
importance dans la mortalité de la morue.
Un
modèle d’équilibre de la masse trophique dans l’est du
plateau néo-écossais récemment élaboré (Bundy and
Fanning, [soumis]) révèle que même si le phoque était le
prédateur le plus important de la morue juvénile à la
fin des années 1990, les baleines et divers poissons en
étaient aussi des prédateurs importants. On calcule que
la mortalité par prédation chez les juvéniles à cette
époque était très élevée (taux instantané >1,0). En
revanche, on a constaté que les quelques prédateurs de
la morue adulte intégrés au modèle n’étaient
responsables que d’une petite portion de la mortalité à
la fin de 1990, ce qui laisse inexpliquée la majeure
partie de la mortalité.

Piètre condition
énergétique
Tel
qu’indiqué ci-dessus, la condition de la morue en
juillet, tant dans le stock de 4Vn (mai-octobre) que
dans celui de 4VsW, a diminué dans les années 1980 et
est tombée à un minimum au milieu des années 1990, mais
le changement était de faible envergure. Toutefois, la
condition de la morue de 4VsW en mars a chuté
considérablement au début des années 1990. (On ne
dispose pas de données sur la morue de 4Vn en hiver.) Il
a été démontré dans le cas de la morue du nord du golfe
du Saint-Laurent que la condition au printemps, durant
le frai, est tombée au début des années 1990 à des
niveaux assez bas pour occasionner de la mortalité
(Lambert and Dutil, 1997; Dutil and Lambert, 2000). On
ne peut écarter la possibilité que la piètre condition
de la morue de 4VsW (voire de celle de 4Vn) ait eu un
même effet.
La
détérioration de la condition de la morue a été
attribuée à de mauvaises conditions alimentaires.
Toutefois, l’infection par le ver du phoque (Pseudoterranova
decipens) a aussi un effet néfaste sur la
condition du poisson (McClelland, 2002). C’est dans 4VW,
le centre d’abondance de son hôte définitif, le phoque
gris, qu’on trouve le plus haut taux d’infection chez
les nombreux poissons qui servent d’hôtes intermédiaires
au ver du phoque. Les taux d’infection ont augmenté en
général dans les années 1980 et 1990 (McClelland and
Martell, 2001a; McClelland and Martell, 2001b) et les
pêcheurs signalent que la contamination des morues par
le ver du phoque est actuellement très supérieure à ses
valeurs historiques. Fait exception à cette tendance
générale croissante des cas d’infection la diminution de
l’infection observée chez la plie canadienne de l’île de
Sable et des bancs adjacents au début des années 1990
(McClelland and Martell, 2001a). Les indices permettent
de conclure que cette baisse a été occasionnée par une
mortalité d’origine parasitaire chez les plies les plus
gravement infectées (McClelland, 1995; McClelland,
2002). Il est donc possible que l’actuel taux
d’infection élevé contribue à la forte mortalité
naturelle observée.
Prélèvements
Les prises connues comprennent celles qui proviennent
des relevés NS et des relevés sentinelles, des pêches
repères commerciales et des prises accessoires dans la
pêche d’autres espèces. Ces prises se sont situées en
moyenne à 160 t dans 4Vn et à 230 t dans 4VsW depuis la
fermeture de la pêche (de 1994 à 2003, tableau 1). Bien
qu’on connaisse précisément les prélèvements des relevés
NS et des relevés sentinelles et que ceux des pêches
repères commerciales soient aussi mesurés assez
fidèlement, on ne sait rien de l’exactitude des
quantités de prises accessoires et il faut les
considérer comme des estimations minimales des
prélèvements effectués dans le cadre d’activités de
pêche commerciale. Il se peut aussi que les quantités
débarquées soient trop petites pour être consignées dans
nos données sur les débarquements, qu’elles soient
perdues parmi les prises plus importantes d’autres
espèces ou qu’elles court-circuitent totalement le
système de rapports sur les débarquements. Il est
possible aussi, et cela est encore plus important, que
des prises accessoires soient rejetées en mer ou
utilisées comme appâts dans la pêche à la palangre. Par
conséquent, bien que les quantités déclarées soient
petites, ce ne sont que des estimations minimales et il
se peut que la mortalité réelle par pêche soit
importante par rapport aux estimations actuelles de la
biomasse de la population.
Piètre recrutement
Perte de composantes de
reproducteurs
Il
apparaît qu’au milieu des années 1980, la composante de
reproducteurs de printemps présente sur le banc Western,
sur le banc de l’île de Sable et sur le banc du Milieu a
pratiquement disparu (Frank et al. 1994). Cette
conclusion est fondée sur les changements observés dans
les proportions de larves de morue recensées au
printemps et en automne dans les relevés sur l’ichtyo
plancton de 1977 à 1982 et de 1991 à 1993. Dans la
première de ces périodes, on dénombrait un nombre égal
de larves au printemps et en automne, mais dans la
deuxième période, plus de 90 % des larves étaient
capturées en automne. Des analyses des changements dans
la longueur des morues d’âge 1 capturées dans le relevé
NS de juillet et dans la distribution des captures
viennent étayer cette conclusion. Ces analyses révèlent
que la perte de composantes de reproducteurs de
printemps est survenue alentour de 1985. Cette perte
pourrait s’avérer un obstacle important à toute
perspective de rétablissement, car la diminution de
l’abondance de ces sous-stocks pourrait suffire à
empêcher la reproduction (en raison des effets d’Allee
[Frank and Brickman, 2001])
Faible potentiel de
reproduction des souches parentales
En
raison de la forte mortalité naturelle des adultes, le
stock de reproducteurs a été composé de plus en plus de
reproducteurs de premier frai et la condition était très
basse au début des années 1990. Par conséquent, en plus
du fait que les reproducteurs étaient moins nombreux, la
potentiel de reproduction moyen par reproducteur au
début des années 1990 aurait été vraisemblablement
inférieur à celui du début des années 1980.
Prédation des œufs et
des larves
Le
taux de recrutement (proportion de recrues par rapport à
la biomasse du stock de reproducteurs qui les a
produites) nous donne un indice de la survie aux stades
initiaux. Dans le cas de la morue de 4VsW, cet indice a
été bas plus souvent dans la période 1983-1996 que dans
les périodes antérieures et postérieures (fig. 23), ce
qui laisse croire à une piètre survie aux premiers
stades biologiques. L’abondance du hareng, du maquereau
et du capelan était forte à cette époque (fig. 24), ce
qui rend plausible l’hypothèse selon laquelle la
prédation des œufs et des larves de morue par ces
poissons pélagiques a réduit le taux de recrutement de
la morue, un peu comme on l’a fait valoir pour la morue
de 4TVn (Swain and Sinclair, 2000).

Perte d’habitat des
juvéniles
Le
COSEPAC (COSEPAC, 2003) a souligné le fait que la
structure du milieu physique, soit l’hétérogénéité des
plantes, des coraux et du fond marin, est d’une
importance cruciale pour la survie des morues juvéniles.
Le COSEPAC indique que le chalutage de fond marin dans
la pêche du poisson de fond détruit cette structure.
D’autres activités comme la pêche des pétoncles et des
palourdes à la drague, quoique se déroulant sur une aire
plus restreinte, perturbent plus le fond marin que la
pêche au chalut à panneaux et ne devraient pas être
ignorées. On connaît mal l’habitat de la morue juvénile,
en particulier en haute mer, et on ne peut donc évaluer
l’importance de ce facteur.
Changement dans les
régimes de circulation océanique
La
morue se regroupe pour frayer dans des zones
géographiques données. Les œufs et les larves se
développent dans la couche supérieure de la colonne
d’eau pendant un certain nombre de semaines et leur
maintien dans des milieux qui conviennent à leur
développement subséquent comme juvéniles dépend des
courants océaniques. Des changements dans la circulation
océanique pourraient perturber ce cycle et occasionner
une forte mortalité aux premiers stades biologiques.
Toutefois, on n'a aucun indice de l’existence ou de
l’absence de tels changements.
Changements dans les paramètres du cycle biologique
Tant chez la morue de 4VsW que chez celle de 4Vn, la
longueur selon l’âge a diminué depuis environ le milieu
des années 1980. Dans 4VsW, la longueur et l’âge à la
maturité sexuelle ont décliné simultanément (cela a pu
être le cas aussi dans 4Vn, mais on ne dispose pas de
données pour cette zone). On sait qu’à grande échelle
géographique la température de l’eau est un des grands
facteurs déterminants de la croissance de la morue
(Brander, 1995; Campana et al. 1995b). La baisse de la
longueur selon l’âge dans les stocks de 4VW a coïncidé
avec une grande anomalie négative de la température de
l’eau (fig. 20), ce qui vient étayer cette hypothèse.
Toutefois, il est vrai également que la longueur moyenne
selon l’âge peut être réduite par une pêche sélective.
Or, il a été suggéré que la pêche intense des années
1980 a frappé les poissons à rapide croissance (Sinclair
et al. 2002a; Sinclair et al. 2002b; COSEPAC, 2003).
L’absence de croissance suite à la fermeture de la
pêche, malgré une amélioration des températures dans les
années 2000, accrédite l’hypothèse selon laquelle la
pêche a modifié la composition génétique de la
population et cela de manière peut-être irréversible.
Les déclins de la longueur et de l’âge à la maturité
sexuelle sont des mécanismes de réaction au stress de la
population et ils peuvent aussi s’expliquer par l’une ou
l’autre de ces hypothèses.
Analyse
Les
grands changements survenus dans les stocks de morue de
4VW ces dernières décennies s’inscrivent dans des
transformations phénoménales de tout l’écosystème (MPO,
2003b). On a cité ci-dessus le grand refroidissement qui
s’est produit au milieu des années 1980 et qui a duré
une décennie (fig. 20) ainsi que la stratification
accrue de la colonne d’eau (fig. 21). Des changements
simultanés se sont produits dans l’abondance du
phytoplancton et du zooplancton. Ainsi, les
enregistreurs continus de phytoplancton dénotaient un
indice de coloration de l’abondance du phytoplancton
beaucoup plus élevé et plus variable dans les années
1990 que dans les années 1960 et 1970 (fig. 25) et des
tendances de l’abondance inverses chez une des espèces
de zooplancton les plus importantes, « Calanus
finmarchicus » (fig. 26). À partir du milieu
des années 1980, on a observé de fortes augmentations de
l’abondance de certaines espèces d’invertébrés
benthiques, plus spécialement de la crevette nordique et
du crabe des neiges, deux espèces d’eau froide
d’importance commerciale. Tel qu’indiqué précédemment,
on a aussi constaté une hausse de l’abondance des
poissons pélagiques durant la même période (fig. 24).
Par ailleurs, les changements dans les caractéristiques
des stocks de morue décrits ci-dessus n’étaient pas
uniques à ce seul poisson de fond. L’abondance de la
plupart des espèces de poisson de fond a diminué à la
même période et des déclins de la longueur selon l’âge
ont été documentés chez l’aiglefin, la goberge et le
merlu argenté aussi bien que chez la morue (fig. 27). La
condition a diminué chez de nombreuses espèces depuis
environ le milieu des années 1980. Un indice de
condition multi spécifique, fondé sur 24 espèces
courantes de poisson de fond, était élevé dans les
années 1970, a chuté rapidement à partir de 1983, et est
resté bas dans les années 1990 (fig. 28).


La
hausse exponentielle de l’abondance du phoque gris
depuis les années 1960 a déjà été évoquée (fig. 22). Il
y a eu aussi une hausse de la présence de poissons
subarctiques dans 4VW à la fin des années 1980 et dans
les années 1990, coïncidant avec la baisse de la
température de l’eau.

Selon une interprétation récente de ces données (Choi et
al. 2004), les prélèvements à grande échelle par la
pêche dans la biomasse des poissons de fond depuis 1960
se sont traduits par un épuisement énergétique du
système, c’est-à-dire que les prélèvements ont été
supérieurs à la capacité de production de l’écosystème,
et cela a entraîné une baisse de la productivité des
poissons de fond. On pense que malgré un accroissement
des populations de crevette et de crabe des neiges, le
système benthique en général a peu d’énergie et que les
proies des poissons de fond ne sont pas abondantes
actuellement, ce qui limite la production de ces
poissons. Des changements dans les conditions de
l’océan, en particulier la hausse de la stratification
de la colonne d’eau et la baisse de la température de
l’eau, se sont produits en même temps que les
changements qui touchaient la communauté biologique. Ces
changements ont exacerbé les effets négatifs de la
production des poissons de fond et favorisé la
production des poissons pélagiques.
Cette interprétation représente un pas en avant vers le
raccordement des nombreux éléments de preuve qui sont
apparus, mais il reste des lacunes importantes dans
l’information et d’autres interprétations sont donc
possibles. Il est clair, toutefois, comme l’indique
(Choi et al., 2004), qu’en raison de la complexité des
facteurs interdépendants qui entrent en jeu, il est
impossible de prédire actuellement, d’une part, quelles
sont les conditions nécessaires au rétablissement des
stocks de poisson de fond, dont ceux de morue, de 4VW
et, d’autre part, combien de temps nécessiterait ce
rétablissement.

Facteurs autres que l’environnement naturel et la pêche
On a
accordé peu de créance à la possibilité que des
activités anthropiques autres que la pêche soient des
facteurs importants dans le rétablissement de la morue
(Rice and Rivard, 2003). Cela reflète en partie
l’absence de données sur ces autres facteurs.
L’exploration et la mise en valeur du pétrole et du gaz
représentent toutefois un facteur à propos duquel on
dispose d’information. Il existe des données au sujet de
la tendance des relevés sismiques sur le plateau
néo-écossais (MPO, 2003b), essentiellement dans 4VW, qui
révèlent que la périodicité des travaux exploratoires
culmine au début des années 1970, au début des années
1980 et à la fin des années 1990 (fig. 29).
CADRE DE GESTION ACTUEL
La
morue de 4Vn et de 4VsW est gérée actuellement en vertu
d’un plan quinquennal de gestion intégrée de la pêche du
poisson de fond du Secteur de Scotia-Fundy (MPO, 2002b).
Ce plan est conforme à l’initiative de gestion des
pêches par objectifs du MPO, en ce qu’il exige que
soient établis des objectifs clairs et quantifiables,
que les stratégies et tactiques fassent l’objet d’une
analyse de risque et que l’approche de précaution soit
mis en œuvre, cela pendant la période d’application du
plan. Diverses annexes expliquent la raison d’être des
dispositions sur la conservation des stocks de poisson
de fond, et traitent des autres questions liées à
l’écosystème, des considérations économiques et
sociales, des initiatives de cogestion et de la
planification opérationnelle. Le plan est axé sur trois
grands objectifs :
1.
Faire en sorte que la pêche du poisson de fond
n’occasionne pas : a) de réduction dans la productivité
des ressources ou b) de modifications à la structure ou
à la fonction de l’écosystème qui soient irréversibles
ou difficiles à redresser; à cette fin, adopter une
approche de précaution dans la gestion et prendre en
considération les effets de la pêche sur l’écosystème.
2.
Gérer les stocks de poisson de fond de manière conforme
aux obligations juridiques en respectant les droits
issus de traités des peuples autochtones; à cette fin,
prendre des dispositions pour la pêche récréative des
ressources et créer des conditions qui permettent à
l’industrie de la pêche commerciale d’atteindre son
indépendance économique et d’apporter des contributions
positives à l’économie canadienne.
3.
Créer un régime de gestion fondé sur des décisions
partagées et aboutissant à une autoréglementation de
l’industrie dans un cadre directeur général établi par
le gouvernement.
En
ce qui a trait à l’approche de précaution, le plan
intègre le point de vue du gouvernement du Canada, qui
voit dans cette approche un élément de gestion du risque
à appliquer dans les conditions suivantes :
-
Le
gouvernement a des décisions à prendre.
-
Il
y a des risques de dommage grave ou irréversible.
-
L’incertitude scientifique est importante.
La
principale stratégie de conservation parmi toutes celles
que contient le plan (tableau 2) consiste à maintenir
les taux d’exploitation du poisson de fond à des niveaux
modérés en adoptant un total autorisé de captures (TAC)
pour chaque stock et en limitant la quantité ou la
proportion de prises accessoires de certaines espèces
par les flottilles qui ne sont pas autorisées à en
pratiquer la pêche dirigée. Pendant longtemps, on a
considéré que F0,1, était un taux de
mortalité par pêche modéré pour les stocks connaissant
une haute productivité. Dans le cas de la morue, cela
correspond à un taux instantané de 0,20, soit un taux
d’exploitation annuel d’environ 18 % (en tenant pour
acquis que la mortalité naturelle, M, est aussi
d’environ 0,20). Or, depuis le début des années 1990, on
sait que les stocks de morue et
d’autres poissons de fond ont connu une faible
productivité et qu’il convient d’y appliquer des taux
d’exploitation très bas ou égaux à zéro.
Comme il n’y a plus de pêche dirigée de la morue dans
4VW depuis 1993, aucun TAC n’a été établi pour ces
stocks. La gestion des prises accessoires dans d’autres
pêches est devenue la question de réglementation la plus
importante. La pêche dirigée de l’aiglefin, dans
laquelle on pourrait s’attendre à ce que les prises
accessoires de morue soient particulièrement
problématiques, est elle-même fermée. Il y a, cependant,
des pêches du poisson de fond en cours dans ces
divisions, comme la pêche au chalut à panneaux de la
goberge, des poissons plats, du sébaste et de la raie,
la pêche à la senne danoise des poissons plats, la pêche
au filet maillant de la goberge et la pêche à la
palangre du flétan de l’Atlantique. Il existe aussi une
pêche du merlu argenté au filet à petit maillage dans 4W
(dans certains secteurs donnés). Dans toutes ces pêches,
de la morue risque d’être capturée accessoirement. Des
plans de pêche axés sur la conservation (PPAC), établis
chaque année par toutes les flottilles, fixent les
niveaux maximaux de prises accessoires, qui varient
selon la flottille, la zone et l’espèce ciblée. (Ceux
qui s’appliquent à la morue dans 4VW sont illustrés dans
le tableau 3.) Comme les règlements exigent que tout
poisson de fond capturé soit débarqué, sauf dispense
expresse, toutes les prises accessoires de morue
devraient être débarquées et dénombrées dans les
rapports statistiques des débarquements.
Une autre stratégie du plan de gestion de la pêche du
poisson de fond consiste à éviter le gaspillage en
gérant la sélection des poissons selon la taille et
l’espèce durant la pêche. On y parvient au moyen de
restrictions diverses dans la conception des engins, de
restrictions spatio-temporelles concernant les zones de
pêche et de directives sur la taille minimale des
captures pouvant être gardées (tableau 4; examen récent
de ces dispositions dans Halliday ([2002]).
La
surveillance de la conformité des activités des
flottilles de pêche du poisson de fond à la
réglementation s’effectue au moyen du programme de
vérification des prises à quai (PVQ), du programme
d’observateurs en mer et de patrouilles aériennes,
maritimes et terrestres par les agents des pêches du
MPO. Tous les débarquements sont assujettis au PVQ, sauf
ceux des bateaux de pêche aux engins fixes <45 pi, qui
n’y sont assujettis que dans une proportion de 25-50 %.
On ne dispose pas de statistiques distinctes de la
présence d’observateurs et de la surveillance par les
agents des pêches pour 4VW, mais ces statistiques sont
fournies à l’échelle de toutes les pêches régionales
dans le plan de gestion du poisson de fond (MPO, 2002b).
Ces dernières années, la surveillance a été axée sur 4X
et sur la sous-zone 5, où l’activité de pêche a été
beaucoup plus intense que dans 4VW.
RÉPERCUSSIONS D’UNE INSCRIPTION SUR LA LISTE DE LA LEP
Production d’un plan de
gestion (de rétablissement)
Le
gouvernement du Canada (soit le MPO) tient actuellement
des consultations au sujet de l’inscription éventuelle
de la « population [de morue] des Maritimes » sur la
liste de la LEP. D’ici octobre 2005, il doit décider
s’il faut ou non inscrire cette population sur la liste
des espèces en péril et, le cas échéant, dans quelle
catégorie de risque. Si cette population est inscrite en
tant que « population préoccupante », la LEP exige qu’un
plan de gestion soit produit dans les trois ans de son
inscription. Les stratégies de gestion actuelles et
prévues (décrites ci-dessus) devraient suffire à
satisfaire aux exigences de la LEP.
Définition et
protection de l’habitat essentiel
Le
COSEPAC a indiqué que le dragage du fond marin peut
contribuer aux déclins de l’abondance de la morue et à
l’absence de rétablissement de cette dernière. Si la
population de morue des Maritimes est inscrite sur la
liste de la LEP en tant que population préoccupante, la
LEP n’exige pas de définir et de protéger son habitat
essentiel. Par conséquent, les cas de perturbation de
l’habitat ne seraient pas traités dans le cadre des
dispositions de la LEP au sujet de l’habitat essentiel.
Toutefois, si cette population était inscrite sur la
liste de la LEP en tant que population « menacée »
ou « en voie de disparition »,
il faudrait vraisemblablement alors avoir recours aux
interdictions de la LEP à propos des perturbations de
l’habitat.
Interdictions générales
La
LEP (art. 32) interdit « de tuer un
individu d'une espèce sauvage inscrite comme espèce
disparue du pays, en voie de disparition ou menacée, de
lui nuire, de le harceler, de le capturer ou de le
prendre » Elle interdit aussi d’endommager ou de
détruire la résidence des individus de cette espèce ou
l’habitat essentiel de cette dernière. Ces interdictions
générales ne s’appliquent pas à une espèce préoccupante.
Toutefois, si la population considérée ici venait à être
inscrite en tant que population en voie de disparition
ou menacée, les interdictions de la LEP prendraient
effet et des permis pour dommages fortuits devraient
vraisemblablement être obtenus pour pratiquer quelque
pêche que ce soit parmi cette population.
Réexamen de la
désignation
(catégorie de risque)
Le
COSEPAC réexaminera cette espèce à nouveau d’ici cinq
ans. S’il devait modifier alors sa désignation pour
classer cette population comme menacée ou en voie de
disparition, les exigences en matière de permis de
dommages fortuits et de protection de l’habitat
essentiel seraient alors appliquées, compte tenu de
l’interdiction qui est faite de tuer ou de mettre en
péril une espèce en voie de disparition ou menacée.
Lien avec d’autres
plans de gestion ou de rétablissement d’autres
populations de morue franche
Si
le gouvernement du Canada inscrit bel et bien les trois
populations de morue franche sur la liste de la LEP, le
plan de rétablissement visant la population des
Maritimes devra, selon toute vraisemblance, être lié par
des dispositions précises aux plans de rétablissement
visant les autres stocks ou populations de morue franche
inscrites sur la liste de la LEP. Il s’agirait à la fois
de lier le plan de rétablissement à d’autres plans
concernant la population de morue franche des Maritimes
ET de le lier également aux plans applicables aux autres
populations de morue franche. Cette dernière exigence
est particulièrement importante, compte tenu du fait que
la population de morue du nord du golfe du Saint-Laurent
et celle de Terre-Neuve ont été désignées populations
menacée et en voie de disparition, respectivement, par
le COSEPAC et que ces populations devront faire l’objet
de programmes de rétablissement, ainsi que de
mesures d’application des interdictions générales
prévues dans la LEP.
OBJECTIFS
L’abondance et la productivité des stocks de morue de
4VW sont certainement bien inférieures à celles de
toutes les périodes précédentes à propos desquelles on
dispose de données et elles le sont depuis le début des
années 1990.
Le
grand objectif visé consiste à :
« Faire
ce qu’il est possible de faire sur les plans pratique,
technique, social et économique pour empêcher que se
poursuive le déclin de l’abondance de la morue et pour
faciliter le retour de cette abondance à ce qu’on
pourrait considérer comme des niveaux moyens par rapport
aux niveaux historiques ».
Il
faut être conscient du fait que les conditions de
l’océan et de l’écosystème ne seront peut-être par
propices à des changements importants dans la
productivité, et partant dans l’abondance, de la morue
de cette zone indéfiniment. Il est bon, néanmoins, de se
demander s’il est possible de faire davantage maintenant
pour modifier ou restreindre des activités anthropiques
afin d’empêcher une plus grande détérioration, voire de
permettre une certaine amélioration, de l’état du stock.
Une autre question consiste à se demander s’il est
possible de modifier par une intervention humaine les
conditions de l’écosystème d’une façon qui pourrait être
bénéfique pour la morue. C’est aussi le moment de se
poser ce qui risquerait de devenir la question la plus
importante, à savoir : quelles mesures devraient être
prises advenant que l’état de ces stocks de morue
présente quelques signes d’améliorations? Sur quelles
procédures devrions-nous nous entendre maintenant pour
faire face à cette éventualité? Ce dont on a besoin,
c’est d’un cadre décisionnel de gestion. Pour qu’un tel
cadre soit compatible avec l’approche de précaution, il
faudra choisir les paramètres (séries de données)
servant à décrire le rétablissement, déterminer quelles
seront les valeurs-repères (points de référence) qui
serviront à mesurer les progrès et documenter les
accords au sujet des mesures à prendre quand les points
de référence sont atteints (règles décisionnelles). La
partie suivante traite en détail de ces trois questions,
dans le but de cerner et d’évaluer les possibilités
d’action.
STRATÉGIES DE RÉTABLISSEMENT
Modifier ou restreindre les activités anthropiques
Réduire la mortalité
par pêche accessoire
Les débarquements annuels moyens déclarés dans les
pêches maritimes dans 4Vn (mai-octobre.) de 1994 à 2001,
c’est-à-dire dans les huit ans qui ont suivi la
fermeture de la pêche de la morue, étaient d’environ
8 300 t. Ils se composaient en majorité de poissons de
fond (3 400t), suivis par les invertébrés (3000 t) et
par les petits poissons pélagiques (1 900 t), les
captures de grands poissons pélagiques étant
négligeables (fig. 30). Les débarquements moyens de
morue durant cette période étaient de 162 t, et
provenaient presque exclusivement de la pêche du poisson
de fond (160 t). La plupart de ces débarquement dans la
pêche du poisson de fond sont attribuables au relevé
sentinelle et à la pêche repère commerciale (environ
65 %). Le reste se compose de prises accessoires dans la
pêche dirigée du sébaste, des poissons plats, de la
goberge, de la merluche blanche et du flétan de
l’Atlantique. C’est dans la pêche du sébaste que les
taux de prises accessoires sont les plus bas et dans
celles du flétan de l’Atlantique et de la merluche
blanche qu’ils sont les plus hauts (tableau 5).
Les débarquements annuels moyens déclarés provenant des
pêches dans les eaux de 4VsW de 1994 à 2001 étaient
d’environ 59 000 t. Les prises se composaient en
majorité d’invertébrés (27 000 t), suivis par les
poissons de fond (21 000 t) et les petits poissons
pélagiques (10 000t), les quantités de grands poissons
pélagiques étant faibles (fig. 30). Les débarquements
moyens de morue déclarés pendant cette période se
chiffraient à 271 t, dont pratiquement tous provenaient
de la pêche du poisson de fond (269 t). Contrairement à
la situation dans 4Vn, seulement environ 10 % de ces
débarquements dans la pêche du poisson de fond sont
constitués des prises du relevé sentinelle et de la
pêche repère commerciale. Le reste représente des prises
accessoires dans les huit à dix pêches dirigées qui sont
pratiquées dans 4VsW. Les taux de prises accessoires
varient entre pratiquement zéro dans la pêche du merlu
argenté au chalut à panneaux à petit maillage et près de
10 % dans la pêche du flétan de l’Atlantique, de la
merluche blanche et du brosme à la palangre (tableau 5).
Tel qu’indiqué ci-dessus, les statistiques de
débarquements reflètent les débarquements consignés à
quai lors du déchargement des bateaux. Une importante
question se pose, à savoir dans quelle mesure ces
données reflètent-elles les prises réelles? Autrement
dit, y a-t-il des prises rejetées en mer ou débarquées
illégalement? Un moyen de faire la lumière à cet égard
est de comparer la proportion de prises accessoires dans
les captures faisant l’objet d’une observation en mer à
la proportion de ces prises dans les débarquements.
Malheureusement, la présence d’observateurs dans le
cadre du Programme d’observateurs du MPO a été très
faible dans la pêche des poissons de fond de 4VW depuis
la fermeture des pêches de l’aiglefin et de la morue, et
l’imposition de limites strictes sur les autres pêches
de poissons de fond dans ces divisions. Toutefois, le
relevé sur le flétan de l’Atlantique réalisé par le MPO
et par l’industrie comporte un volet de pêche repère
commerciale, laquelle fait l’objet d’une surveillance
dans le cadre du Programme d’observateurs. Ces
conditions étant essentiellement les mêmes que celles de
la pêche commerciale normale, les résultats se prêtent
donc à des comparaisons de taux de prises accessoires
avec les statistiques de débarquements commerciaux. Or,
les données révèlent que les prises accessoires de morue
dans le volet observé de la pêche repère commerciale du
flétan (moyenne des années 198-2001) étaient
essentiellement les mêmes que les prises accessoires
notées dans les débarquements provenant de la pêche
commerciale dirigée du flétan à la palangre.
|
|
Prises de flétan (t) |
Prises de morue (t) |
% de prises accessoires |
|
Statistiques de débarquements |
1151 |
76 |
6,6 |
|
Pêche repère commerciale du flétan (traits
observés) |
123 |
8 |
6,8 |
Par
conséquent, rien n’indique que les prises accessoires de
morue ne sont pas toutes déclarées, du moins dans la
situation décrite ici.
La
pêche des invertébrés dans 4VW a produit des
débarquements égaux ou supérieurs à ceux des pêches de
poisson de fond à partir de 1994 (fig. 30), mais les
statistiques de débarquements ne révèlent pratiquement
pas de prises accessoires de morue ou d’autres poissons
de fond. Les pêches à plus fort volume sont celles de la
crevette, du crabe des neiges, de la mactre de Simpson
et du pétoncle. L’adoption de grilles séparatrices dans
les chaluts à crevette en 1991 semble avoir pratiquement
éliminé les prises accessoires de poisson de fond. Il
n’y a plus que de faibles quantités de prises
accessoires dans cette pêche et ce sont principalement
des prises de poissons plats, de capelan et de merlu
argenté. La morue est essentiellement absente de ces
prises accessoires. Il y a des prises accessoires de
morue dans la pêche du crabe des neiges au casier, mais
elles sont rares. Quant aux dragues hydrauliques
utilisées dans la pêche de la mactre, elles sont
suffisamment lentes et bruyantes pour que la plupart des
poissons de fond puissent facilement les éviter. Les
poissons de fond qui sont capturés sont la raie, le
lançon, les poissons plats, le merlu argenté et la
baudroie, mais ils ne le sont qu’en très petites
quantités (Roddick, 1996). Rien n’indique qu’il y ait
des prises accessoires de morue dans cette pêche. Pour
ce qui est de la pêche du pétoncle, on sait qu’elle
produit des prises accessoires de poisson de fond et que
celles-ci étaient, du moins en partie, débarquées avant
1996 et consignées dans les statistiques de prises. À
compter de 1995, il a été interdit aux dragueurs de
pétoncle de débarquer des poissons de fond (sauf de la
baudroie) et on n’a donc pas de statistiques de
débarquements de ces prises depuis. On présume que du
poisson de fond a continué d’être capturé accessoirement
dans cette pêche, mais on tient les prises accessoires
de morue capturées par les pétoncliers pour pratiquement
inexistantes.
En
résumé, rien dans l’information dont on dispose
n’indique que des quantités appréciables de morue sont
capturées dans 4VW comme prises accessoires dans
d’autres pêches, outre celles qui sont déjà recensées
dans les statistiques officielles sur les débarquements,
à l’exception peut-être de la pêche du pétoncle.
Réduire les
perturbations possibles du frai et/ou la mortalité
accessoire dans la prospection sismique du pétrole et du
gaz
L’étude la plus récente des effets des bruits sismiques
sur le poisson et sur les autres espèces marines (MPO,
2004) n’a pas révélé de cas documentés de mortalité du
poisson due à l’exposition à des bruits sismiques sur le
terrain et elle conclut que pareille exposition est peu
susceptible d’occasionner une mortalité directe du
poisson. Elle conclut aussi que les changements observés
dans le comportement du poisson ne devraient pas revêtir
une grande importance écologique, sauf dans les cas où
ils influent sur la reproduction. Dans le même ordre
d’idées, elle établit que l’ampleur de la mortalité
pouvant être occasionnée aux œufs et aux larves du
poisson par les bruits sismiques est vraisemblablement
bien inférieure aux niveaux censés nuire aux
populations. Or, il n’y a aucune caractéristique
biologique unique chez la morue qui ferait d’elle un cas
d’exception aux conclusions de l’étude selon lesquelles
il est peu probable que les relevés sismiques posent un
grand risque de mortalité. On signale toutefois un
manque de données scientifiques concernant les effets du
son sur le poisson, en particulier de données provenant
d’expériences sur le terrain.
Un
plan de gestion intégrée de l’océan applicable à l’est
du plateau néo-écossais est en cours d’élaboration et
l’ébauche actuelle de ce plan (MPO, 2005) comprend une
stratégie pour réduire les effets des sources d’énergie
acoustique par la mise en œuvre d’un ensemble de mesures
d’atténuation dans tous les types d’activités sismiques.
On a suffisamment de connaissances sur le son dans le
milieu marin pour conclure que l’exploration sismique a
des conséquences sur la faune et que, quoique celles-ci
ne soient pas apparemment de nature catastrophique, de
telles mesures d’atténuation sont de mises. Un Énoncé
des pratiques canadiennes visant à atténuer les effets
des bruits sismiques dans le milieu marin a été rendu
public le 19 février 2005. Ces pratiques consistent
notamment à éviter les relevés sismiques dans certaines
zones lorsque des poissons viennent y frayer, afin
d’empêcher la dispersion de ces frayeurs, et à éviter
également les couloirs de migration, pour ne pas
modifier les migrations des poissons. L’énoncé écarte la
possibilité de mortalités directes comme facteur
important et ne vise que les effets des relevés
sismiques sur les niveaux de population.
Réduire la destruction
de l’habitat benthique utilisé par la morue juvénile
On
sait que, dans les eaux côtières, la morue juvénile est
présente dans des zones hétérogènes où on trouve une
structure verticale, comme la zostère marine, qui réduit
le risque de prédation. Le COSEPAC tient pour acquis
qu’en haute mer la morue juvénile est aussi associée à
des zones dont le fond présente des caractéristiques
physiques hétérogènes (COSEPAC, 2003). Toutefois, il n’y
a pour ainsi dire pas d’information pour étayer cette
supposition, et rien ne permet actuellement de définir
des zones qui pourraient être désignées comme habitat
essentiel propre à la morue juvénile.
Plus généralement, l’actuelle ébauche de plan de gestion
intégrée de l’est du plateau néo-écossais (MPO, 2005)
comprend une stratégie de mise en œuvre d’un plan de
conservation de l’écosystème et de l’habitat, consistant
à intégrer des mesures de protection du milieu benthique
dans les plans pertinents, par exemple dans les plans de
pêche. Ces mesures seront fondées sur une classification
de l’habitat benthique qui met en évidence des zones
sensibles sur les plans écologique et biologique. Il est
probable que les habitats riches en structures
verticales comme les récifs coralliens seront des lieux
tout désignés pour faire l’objet de mesures de
protection et ils sont d’ailleurs déjà visés par de
telles mesures.
Modifier les conditions
de l’écosystème
Les connaissances actuelles sur le fonctionnement de
l’écosystème de l’est du plateau néo-écossais sont
rudimentaires et les conséquences des interventions sur
cet écosystème sont très incertaines. Rien ne garantit
que toute mesure prise aura un effet positif sur la
morue. Du point de vue pratique, les manipulations
possibles de l’écosystème sont limitées aux
interventions susceptibles de réduire la mortalité
naturelle de la morue. L’examen des facteurs influant
sur le rétablissement de la morue réalisé ici a mis en
évidence plusieurs sources possibles de mortalité
naturelle de la morue :
-
Des espèces pélagiques comme le hareng et le
maquereau sont des prédateurs des œufs et des larves
de morue, et leur abondance a augmenté dans l’est du
plateau néo-écossais depuis le milieu des années
1980.
-
L’infection de la morue par le ver du phoque a
augmenté et elle est maintenant très élevée. Elle
pourrait être cause de mortalité chez les morues
juvéniles et adultes.
-
Il
a été établi que la morue juvénile a de nombreux
prédateurs, le phoque gris en étant
vraisemblablement le plus important.
L’hypothèse selon laquelle la prédation des œufs de
morue et des larves par les poissons pélagiques est une
cause importante de l’échec du rétablissement est étayée
par la simultanéité historique du même phénomène dans le
sud du golfe du Saint-Laurent et par des faits
circonstanciels comparables dans l’Atlantique Nord-est,
en particulier dans la mer Baltique (Swain and Sinclair,
2000). Toutefois, il n’a pas été démontré que la
prédation des œufs et larves de morue par les poissons
pélagiques dans le sud du golfe du Saint-Laurent a en
fait été suffisante pour occasionner la baisse du
recrutement de la morue qui a été observée. Dans le cas
de l’est du plateau néo-écossais, non seulement le taux
de prédation des œufs et larves de morue est-il inconnu,
mais la biomasse des poissons pélagiques est elle-même
mal quantifiée. Par conséquent, il y a certainement lieu
de chercher à quantifier l’importance de ces facteurs
dans 4VW. Il est cependant difficile de concevoir des
mesures de gestion qu’on pourrait raisonnablement
proposer à l’heure actuelle, outre celles qui figurent
déjà dans les plans de gestion régissant l’exploitation
de ces poissons pélagiques.
Il
y a davantage d’observations appuyant l’hypothèse de
l’infection par le ver du phoque comme cause de
mortalité chez la morue juvénile et adulte. Quoique les
preuves d’une mortalité induite par le ver du phoque
concernent en fait la plie canadienne, il est
raisonnable de penser qu’une telle mortalité se
produirait aussi chez d’autres espèces dont le taux
d’infection serait élevé. Il serait utile d’avoir des
relevés à jour pour quantifier les hauts taux
d’infection actuel de la morue signalés par les
pêcheurs. Quoique le taux d’infection des poissons par
le ver du phoque semble influencé par les températures
de l’eau près du fond, l’infection semble liée
principalement à la distribution et à l’abondance des
phoques gris (McClelland, 2002). Par conséquent, la
réduction de la population de phoque gris a été la
principale mesure envisagée pour enrayer les infections
parasitaires chez le poisson de fond. Malheureusement,
il y a encore de trop grandes lacunes dans les
connaissances pour concevoir des modèles mathématiques
qui pourraient nous donner une idée fiable des effets
d’une baisse de la population de phoque sur les taux
d’infection du poisson de fond. Dans les quelques rares
circonstances où les troupeaux de phoque ont été réduits
de 50 % ou davantage, on n’a pas observé de baisse de
l’infection du poisson de fond par le ver du phoque
(McClelland, 2002), ce qui ne porte pas à croire qu’une
baisse du nombre de phoques gris réduirait le problème
de l’infection par le ver du phoque. Les progrès récents
de la technologie dans les vaccins à libération soutenue
qui immuniseraient les phoques de façon durable contre
le ver du phoque méritent d’être étudiés (McClelland,
2002).
On
a identifié peu de prédateurs des grandes morues, mais
on sait que la morue juvénile est la proie de diverses
autres espèces de poisson, de phoque et de baleine. Le
phoque gris est vraisemblablement le plus grand
prédateur de la morue juvénile. Un nombre important de
travaux de recherche ont été consacrés à l’étude des
interactions du phoque gris et de la morue, et l’option
présentée ci-après est la seule des trois envisagées ici
qui mérite qu’on s’y intéresse de près pour le moment.
Réduire l’abondance du
phoque gris
La
modélisation des effets de la prédation de la morue de
l’est du plateau néo-écossais par le phoque gris révèle
que ce prédateur n’a pas été un facteur important dans
l’effondrement du stock de morue de 4VsW survenu au
début des années 1990 (Mohn and Bowen, 1996). Toutefois,
il reste à déterminer si la prédation par le phoque gris
peut ou non nuire au rétablissement de la morue. La plus
récente évaluation du stock de morue (Fanning et al.
2003) a été fondée sur l’hypothèse d’une consommation
totale du troupeau grandissant de phoque gris de l’île
de Sable chiffrée à environ 310 000 t en 2002 et elle
intégrait de nouveaux renseignements sur la proportion
de morue dans l’alimentation du phoque. On a établi une
nouvelle méthode pour estimer la composition spécifique
de l’alimentation du phoque, appelée analyse
quantitative de la signature des acides gras, qui
détermine le contenu de l’alimentation en comparant les
acides gras chez les proies potentielles à ceux qui sont
présents dans un petit échantillon du lard du phoque.
Cette méthode permet d’estimer la composition de
l’alimentation sur des périodes antérieures allant de
quelques semaines à quelques mois, et elle ne devrait
donc pas être biaisée par le lieu de prélèvement des
échantillons, contrairement aux estimations antérieures
qui étaient fondées sur des échantillons de matières
fécales de phoques de l’île de Sable. Ces estimations
antérieures, qui chiffraient à environ 12 % la
proportion de morue dans l’alimentation du phoque gris,
semblent maintenant trop élevées pour être appliquées à
la population dans son ensemble. Dans la plus récente
évaluation du stock de morue, les estimations
provisoires provenant de l’analyse quantitative de la
signature des acides gras étayaient l’hypothèse selon
laquelle la morue représentait 1 % de l’alimentation du
phoque ces dernières années et qu’environ 3 100 t de
morue ont été consommées par le phoque gris dans 4VsW en
2002.
L’estimation de la composition de l’alimentation du
phoque gris au moyen de l’analyse quantitative de la
signature des acides gras est maintenant chose faite
pour les échantillons prélevés de 1993 à 2000 et les
résultats de l’échantillonnage de 2004 y seront
prochainement intégrés. On utilise cette information,
associée aux résultats du plus récent recensement de
l’effectif de la population de phoque de l’île de Sable
(2004), pour concevoir de nouveaux modèles sur les
effets de la prédation de la morue de l’est du plateau
néo-écossais par le phoque gris.
La
méthode d’analyse quantitative de la signature des
acides gras ne donne pas d’estimations de la composition
selon l’âge des morues consommées par le phoque gris,
contrairement aux échantillons de matières fécales, qui
fournissent des otolithes permettant de déterminer l’âge
des morues consommées. D’après les otolithes contenus
dans les échantillons de fèces, les morues des âges 1 et
2 composent plus de 50 %, en poids (90 % en nombre), de
la morue consommée par le phoque, quoique l’alimentation
de ce dernier comprenne aussi des morues allant jusqu’à
8 ans. Toutefois, la composition selon l’âge d’après les
échantillons de fèces sous-estime peut-être la mortalité
occasionnée chez les plus vieilles morues, car il est
possible que les grandes morues attaquées par les
phoques ne soient que partiellement mangées
(consommation des entrailles) et donc que leurs
otolithes soient sous-représentés dans les fèces.
Une fois terminés, les travaux actuels de modélisation
des interactions entre la morue et le phoque gris nous
donneront de nouvelles estimations de la mortalité de la
morue due à la prédation par le phoque gris, mais on ne
s’attend pas à ce que ces nouveaux résultats changent
beaucoup la perception actuelle selon laquelle cette
prédation pourrait être un obstacle important au
rétablissement du stock de morue. Toutefois, en raison
de la complexité du comportement alimentaire du phoque
gris, une réduction de la population de phoque gris ne
se traduira pas nécessairement par une réduction de la
prédation de la morue. La stabilisation de la population
de phoque gris, si cette option était retenue,
nécessiterait probablement le prélèvement de plus de
50 000 animaux par an, en supposant que la population
continue d’augmenter au même rythme que précédemment.
Élaborer un cadre
décisionnel de gestion
Principes généraux
Le
Plan de gestion du poisson de fond (MPO, 2002b) décrit
certaines des limites aux processus décisionnels qui ont
été utilisés par le passé et souligne la nécessité d’un
ensemble de règles décisionnelles qui soient cohérentes
dans tous les éléments du plan de gestion, c’est-à-dire
d’un cadre décisionnel plus exhaustif. Un cadre
décisionnel établit un ensemble logique de critères
servant à prendre des décisions sur la gestion de toute
activité qui influe sur les stocks de poisson en
question. Il permet une cohérence dans le processus
décisionnel d’année en année. De plus, l’établissement
de règles décisionnelles convenues d’avance dans le
domaine de la conservation est une exigence de
l’approche de précaution.
Quand les stocks sont extrêmement bas, comme c’est le
cas des stocks de morue de 4VW actuellement, on peut
largement s’entendre sur le fait que les prélèvements
devraient être réduits. Toutefois, l’histoire montre que
dès que l’état du stock présente quelque amélioration,
certains vont préconiser la relance de la pêche. Si donc
on s’est entendu, avant que l’amélioration du stock se
produise, sur les critères à utiliser pour déterminer
quand rouvrir la pêche, on obtiendra vraisemblablement
de meilleurs résultats que si la décision est prise de
manière improvisée au plus fort de la controverse entre
groupes d’intérêt aux opinions divergentes.
Une information, pertinente, fiable et à jour est
essentielle à un bon processus décisionnel. Par le
passé, les scientifiques avaient tendance à définir
l’état d’un stock d’après la biomasse des reproducteurs
et la mortalité par pêche. Depuis, ils ont de plus en
plus pris conscience du fait que, bien que ces facteurs
soient importants, un plus grand éventail de
caractéristiques biologiques doivent être pris en
considération. Quand les stocks sont très bas, les
indicateurs biologiques sont d’une importance
fondamentale dans le processus décisionnel, mais les
considérations techniques, économiques, sociales et
politiques le sont également et il faut trouver des
moyens de les évaluer aussi. Bien que pratiquement
n’importe quel produit émanant d’une source de données
fiables puisse être proposé comme indicateur, les
indicateurs possibles ont besoin d’être validés avant
qu’on puisse les utiliser. Préalablement à l’acceptation
d’un indicateur, il faut s’entendre sur ce qu’il
signifie pour qu’il puisse être interprété
convenablement par rapport à l’état d’un stock ou d’une
pêche (voir, par exemple, Halliday et al. ([2001]).
Des
critères sont nécessaires pour interpréter l’information
de la série de données, par exemple pour décider si les
points de données les plus récents sont « bons » ou
« mauvais ». Le premier pas en ce sens consiste à
décider quelles valeurs devraient avoir les indicateurs
dans un stock totalement rétabli. Ces valeurs servent
ensuite de points de référence, qui permettent de mettre
en contexte les valeurs les plus récentes. Un stock
rétabli serait un stock dont la plupart des indicateurs
auraient des valeurs correspondant à un état de « stock
rétabli ». Un stock en voie de rétablissement serait un
stock qui présenterait des améliorations progressives de
la plupart, voire de la totalité, de ses indicateurs sur
un certain nombre d’années. Décider des indicateurs à
utiliser et établir les points de référence
correspondant nécessite un jugement éclairé.
Les règles décisionnelles établiraient les mesures à
prendre en fonction de la valeur des indicateurs par
rapport à leurs points de référence. On pourra décider
que la pêche dirigée restera fermée jusqu’à ce que la
plupart ou la totalité des indicateurs révèlent que les
points de référence ont été atteints, c’est-à-dire que
le stock est pleinement rétabli, ou bien on optera pour
une stratégie plus progressive.
La
formulation des règles décisionnelles est l’occasion
d’accroître les possibilités d’intendance partagée.
Toutes les parties concernées devraient avoir leur mot à
dire dans l’élaboration du cadre décisionnel pour que
les critères adoptés soient consensuels. L’industrie de
la pêche prend part, depuis quelques années, à la
surveillance de l’abondance des stocks dans le cadre de
relevés sentinelles et de pêches repères commerciales.
Il y a matière à accroître le rôle joué par les pêcheurs
dans les modalités de réouverture des pêches.
Considérations propres
aux stocks de morue de 4VW
Un
des facteurs mis en évidence plus haut et qui mérite de
retenir l’attention dans l’établissement d’un cadre
décisionnel de gestion des stocks de morue de 4VW
consiste à déterminer si les unités de gestion et
d’évaluation des stocks devraient être modifiées. Les
unités actuelles ont été créées au début des années 1970
et n’ont pas de fondement scientifique solide. Il y a
une multiplicité de composantes de reproducteurs dans
4VW (reproducteurs de printemps par opposition aux
reproducteurs d’automne; reproducteurs de 4V par
opposition à ceux de 4W; reproducteurs des eaux côtières
par opposition aux reproducteurs du large), mais ce
n’est que dans 4Vn que des dispositions ont été prises
afin d’évaluer et de gérer séparément la composante de
reproducteurs locaux. La situation de 4Vn illustre les
limites de la gestion à l’échelle de chaque composante
de reproducteurs, en raison du vaste mélange avec les
stocks adjacents et il n’y a pas lieu de croire que la
situation ailleurs serait plus favorable à une telle
forme de gestion. Néanmoins, cette complexité de la
structure des stocks de morue devra vraisemblablement
être prise en compte dans la planification du
rétablissement, parce que rien ne garantit que toutes
les composantes de reproducteurs se rétabliront, du
moins toutes en même temps. Par conséquent, la
distribution spatiale de la productivité de la morue
dans 4VW est un facteur important à prendre en
considération quand on décide des conditions dans
lesquelles une pêche dirigée sera permise. Il a été
suggéré que le manque de protection des sous-stocks a
joué un rôle important dans l’effondrement des stocks et
qu’une réduction de l’échelle spatio-temporelle de la
gestion des pêches est nécessaire pour obtenir de bons
résultats à l’avenir (Frank and Brickman, 2001).
Les descriptions de l’état des stocks de morue de 4VW
présentées ci-dessus montrent qu’il y un éventail assez
vaste de séries de données (indicateurs) qui peuvent
être utilisées dans les règles décisionnelles. On n’a
toutefois pas déterminé lesquelles utiliser, quelle
pondération donner à tel ou tel indicateur ou quelles
valeurs adopter comme points de référence.
Des facteurs autres que l’état des stocks eux-mêmes sont
aussi des éléments pertinents à prendre en considération
dans la décision de rouvrir ou non la pêche dirigée de
la morue. Les prises accessoires représentent
essentiellement des considérations éco systémiques. On a
discuté plus haut des répercussions des prises
accessoires de morue dans d’autres pêches. Une
réouverture de la pêche dirigée soulève la question des
prises supplémentaires d’autres espèces, dont les
prélèvements peuvent être strictement réglementés, p.
ex. l’aiglefin. La capacité de faire observer la loi et
la réglementation est aussi un facteur important dans le
processus décisionnel. En particulier, il serait
inacceptable de rouvrir la pêche de la morue sans être
certain de pouvoir obtenir des statistiques très fiables
sur les prélèvements (débarquements et rejets).
POSSIBILITÉS D’INTENDANCE
L’intendance partagée est considérée comme un élément
central de la nouvelle politique de gestion des pêches
de la côte Atlantique. Le MPO a fait part de son
intention d’encourager les utilisateurs de la ressource
et les organismes légitimes qui les représentent à
assumer un plus grand rôle dans la prise de décisions
opérationnelles. Tel qu’indiqué ci-dessus, la
formulation de règles décisionnelles est un important
domaine d’application de cette politique. La réussite
d’un cadre décisionnel de gestion repose sur l’entente
préalable de toutes les parties concernées.
Dans le cadre de la Stratégie nationale de protection
des espèces en péril, le gouvernement fédéral a créé le
Programme d’intendance de l’habitat des espèces en
péril. « Intendance » s’entend ici de tout
l’éventail des actions volontaires que les gens
entreprennent pour protéger l’environnement et qui sont
essentielles au rétablissement des espèces en péril. Ce
programme a pour but « de contribuer au
rétablissement des espèces menacées ou en danger de
disparition et d'autres espèces préoccupantes, et
d’empêcher que la conservation d'autres espèces ne
devienne préoccupante, en engageant les Canadiens de
tous les horizons dans des mesures de conservation qui
profitent à la faune. » Le Programme
d’intendance de l’habitat, qui est devenu opérationnel
en 2000-2001, permet d’affecter jusqu’à 10 millions de
dollars par an à des projets qui conservent et protègent
les espèces en péril et leurs habitats.
Le
Programme d’intendance de l’habitat finance les
initiatives d’intendance visant à protéger et conserver
les habitats d’espèces désignées à l’échelle nationale
comme étant « en péril » (en voie de disparition,
menacées ou préoccupantes). À cet égard, il sert à
soutenir les activités de nombreux organismes et
particuliers dans le cadre du Programme national
(fédéral-provincial-territorial) de rétablissement des
espèces en péril, de la Loi [fédérale] sur
les espèces en péril ainsi que des lois
provinciales et territoriales complémentaires. Un bon
nombre des dispositions de la LEP (p. ex. concernant
l’habitat essentiel, le partenariat et l’intendance) ont
directement trait au Programme d’intendance de
l’habitat. Dans le contexte des stratégies de gestion du
rétablissement des stocks de morue de 4VW, il semblerait
qu’un projet pourrait être proposé qui ferait participer
à ces stratégies de rétablissement divers groupes de
pêcheurs. De plus, les pêcheurs autochtones qui prennent
part à la pêche du poisson de fond sur le plateau
néo-écossais pourraient être admissibles à des fonds
plus spécialisés, à savoir ceux du Programme autochtone
de gestion des ressources aquatiques et océaniques ainsi
que de la Stratégie des pêches autochtones.
VERS UN PLAN D’ACTION
Les pages qui précèdent décrivent l’histoire de la pêche
dans les stocks de morue de 4VW, l’état des stocks par
rapport aux années antérieures et le système de gestion
qui est actuellement en place. On y analyse aussi les
facteurs qui peuvent influer sur le rétablissement des
stocks, en soulignant ceux sur lesquels il est possible
d’agir et on y présente une évaluation initiale du champ
d’action possible. Il convient maintenant d’examiner
plus à fond les possibilités d’action et de s’entendre
sur les approches qui offrent certaines perspectives de
succès et dont la mise en œuvre est possible sur le plan
pratique, c’est-à-dire qui sont rentables. Pour
faciliter cette démarche, on présente ci-après des
ébauches de recommandations, par ordre de priorité. Des
consultations sont nécessaires au sein du MPO et avec
les intervenants concernés pour préciser le champ
d’action et pour arriver à des décisions sur les mesures
qui seront effectivement prises.
Ébauches de
recommandations
1. Élaborer un cadre
décisionnel de gestion
On
ne s’attend pas à ce que les stocks de morue de 4VW se
rétablissent dans un proche avenir; par conséquent, il
n’y a pas d’urgence à ce que les intervenants élaborent
un cadre décisionnel de gestion. Toutefois, ces
intervenants sont mieux en mesure d’examiner froidement
la situation dans les circonstances actuelles, et le
moment est donc propice à la mise en place d’un tel
cadre décisionnel. Quoiqu’il en soit, des cadres
décisionnels sont en voie d’être établis pour les stocks
de morue du golfe du Saint-Laurent et du large de
Terre-Neuve et du Labrador, et il y aura beaucoup de
pressions pour qu’une approche cohérente soit adoptée à
l’égard des stocks de l’est du plateau néo-écossais. Il
importe que les intervenants dans les pêches de l’est du
plateau néo-écossais participent au processus et fassent
valoir leurs points de vue.
Un
cadre décisionnel de gestion applicable à la morue
devrait englober tous les aspects des activités
anthropiques qui influent sur l’état des stocks de morue
et tenir compte des interrelations de ces stocks. Il ne
s’agit pas simplement d’établir des TAC de morue fondés
sur les résultats des évaluations de stock, bien que
cela soit, naturellement, un élément déterminant. Par
exemple, il est essentiel d’intégrer au cadre
décisionnel un plan de surveillance et d’application de
la loi, et d’élaborer des indicateurs de la conformité.
Le niveau du TAC devrait être fonction du niveau de
conformité ainsi que de l’abondance et de la
productivité du stock considéré. De plus, il est
particulièrement important à l’heure actuelle d’examiner
les questions de structure et de mélange des stocks et
d’en tenir compte lorsqu’on arrête une stratégie
d’exploitation.
Les règles décisionnelles pour l’établissement des TAC
doivent être conformes à l’approche de précaution. Le
MPO propose un modèle à trois zones qui nécessite qu’on
définisse des zones « saines » « de prudence » et
« critiques ». Un stock d’une zone saine pourrait être
exploité dans des conditions de pêche normales, mais
l’exploitation d’un stock d’une zone « de prudence »
ferait l’objet d’importantes restrictions. Les
prélèvements dans un stock d’une zone « critique »
seraient réduits au minimum.
On
recommande
de
prendre les mesures suivantes :
1.1
Que les Sciences du MPO soient invitées à établir
l’ébauche d’une proposition d’éléments biologiques à
prendre en considération dans un cadre décisionnel de
gestion de la morue de 4VW, qui comprendrait des règles
décisionnelles pour l’établissement du TAC et qui
préciserait :
-
les indicateurs qui pourraient servir à mesurer le
rétablissement des stocks;
-
les points de référence qui pourraient servir à
définir les limites entre une zone critique et une
zone de prudence ainsi qu’entre une zone de prudence
et une zone saine.
1.2
Qu’un groupe de travail du MPO et de l’industrie soit
chargé :
-
d’examiner la proposition des Sciences;
-
de
proposer des règles pour l’établissement des TAC;
-
de définir les conditions dans lesquelles la pêche
pourrait se dérouler, advenant la réouverture de la
pêche dirigée, notamment les exigences en matière de
collecte de données à des fins scientifiques et
d’application de la loi;
-
d’envisager les autres éléments qui devraient être
intégrés à un cadre décisionnel de gestion.
2.
Réduire l’abondance des
phoques gris
On
estime actuellement à plus de 50 000 animaux par an le
nombre de phoques gris qu’il faudrait éliminer du
troupeau pour que l’effectif de leur population diminue.
La suppression d’un tel nombre d’animaux soulève divers
problèmes, pratiques, économiques et politiques, qu’il
conviendrait de régler de manière satisfaisante avant de
passer à l’acte. Il y a aussi des facteurs scientifiques
importants à prendre en considération, en particulier,
une incertitude importante quant à l’efficacité d’une
telle réduction de la population de phoques comme moyen
de réduire la prédation de la morue.
On
recommande de surseoir à toute décision sur la
réduction de la population de phoque gris jusqu’à ce
qu’on dispose des résultats de nouvelles analyses
scientifiques tenant compte des données les plus
récentes sur l’abondance du phoque gris et de la
contribution de la morue à l’alimentation des phoques.
Ces résultats devraient être prêts d’ici quelques mois.
Il faudrait ensuite évaluer les coûts et avantages d’une
réduction de l’abondance du phoque gris.
3.
Réduire la mortalité accessoire
3.1
Les prises déclarées sont relativement basses et ont
décliné récemment la plupart des années (tableau 1). La
pêche repère commerciale a été pendant un certain nombre
d’années une importante composante de la mortalité par
pêche dans les deux stocks. Comme c’est là une activité
qui n’a pas produit d’information utile pour déterminer
l’état des stocks dans une zone comme dans l’autre.
On
recommande
de
mettre fin à cette pêche repère commerciale.
3.2
Rien n’indique qu’il existe des prélèvements importants
de morue dans 4VW qui ne sont pas consignés dans le
système statistique et il une intervention immédiate
n’est donc pas nécessaire à cet égard. On pense que les
programmes de surveillance actuels permettent de déceler
un changement important dans les modalités de
déclaration de prises qui sont en usage. On ne croit
pas, cependant, que les programmes actuels de
surveillance et d’application de la loi permettraient de
bien quantifier et gérer les prélèvements de morue s’il
y avait une amélioration importante de l’état des stocks
de morue ou si la pêche de l’aiglefin était rouverte. Il
s’agit là d’un problème à plus long terme, qui est pris
en considération dans le cadre décisionnel. Dans
l’immédiat, on recommande de revoir le
niveau de présence d’observateurs en mer dans les pêches
pratiquées dans 4VW, qu’il s’agisse de pêches
d’invertébrés ou de pêche du poisson de fond, afin de
faire en sorte qu’il soit suffisant pour documenter les
prises accessoires actuelles en vue d’y déceler tout
changement important. Cela est particulièrement
pertinent dans la pêche du pétoncle, où l’incertitude au
sujet des prises accessoires courantes de poisson de
fond est plus grande que dans les autres pêches.
4. Intendance partagée
Le
MPO encourage les utilisateurs de la ressource à jouer
un plus grand rôle dans la prise de décisions
opérationnelles et à accroître leurs responsabilités
connexes. C’est là un élément central de sa politique en
matière de pêche. À certaines des activités entreprises
dans le cadre de cette politique, comme
l’autoréglementation et la collecte d’information, sont
associés des coûts implicites. Les réductions dans le
financement alloué par les Sciences du MPO aux relevés
sentinelles, l’incertitude au sujet de la continuité de
la série de relevés NS et une réorientation des
programmes scientifiques qui les éloignerait de
l’évaluation des stocks sont autant de facteurs qui
témoignent de l’urgence d’une participation accrue de
l’industrie à la surveillance de la ressource.
On recommande d’envisager des moyens de tirer
parti du financement fédéral associé aux programmes
découlant de la LEP, comme le Programme d’intendance de
l’habitat, pour la réalisation de projets liés au
rétablissement des stocks de morue de 4VW et d’envisager
d’autres moyens de financer la collecte et l’analyse de
données.
5. Atténuer les bruits
sismiques
L’
Énoncé des pratiques canadiennes visant à atténuer les
effets des bruits sismiques dans le milieu marin, de
février 2005, a pour but de protéger le frai ou les
migrations de la morue contre les perturbations qui
pourraient avoir des effets néfastes sur l’effectif de
la population, par exemple en causant un échec du
recrutement. Rien ne permet de croire que la mortalité
directe des adultes ou celle des œufs et des larves soit
suffisamment grande pour avoir des effets sur l’effectif
de la population. La politique ne s’appuie pas encore
sur des modalités pratiques de mise en œuvre, par
exemple concernant les zones et les périodes dans
lesquelles les relevés sismiques devraient être évités.
On recommande que l’industrie de la
pêche, en consultation avec les Sciences du MPO, se
forge elle-même une idée des lieux et périodes de
concentration des morues en frai (et de tout grand
couloir de migration éventuel) dans 4VW et on propose
que les modalités réglementaires indiquent que les
activités sismiques doivent être évitées dans ces lieux
et périodes.
6. Protéger l’habitat
des juvéniles
La
connaissance de l’habitat des morues juvéniles (âges
0-2) en haute mer n’est pas suffisante pour qu’on puisse
définir les endroits qui revêtent une importance
particulière pour la survie de ces morues. Toutefois,
les mesures en voie d’être prises pour élaborer un
système de classification benthique seront un véhicule
de protection des zones sensibles sur le plan
biologique, comme les zones riches en structure
verticale, dont on pense qu’elles sont importantes pour
les morues juvéniles.
On
recommande de prendre dûment en considération
la protection de l’habitat susceptible d’être important
pour la morue juvénile quand on décide des mesures à
intégrer aux plans de pêche pour protéger les zones
hétérogènes du fond marin.
Source : Pêches et
Océans Canada
www.mpo-dfo.gc.ca
www.mpo-dfo.gc.ca